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Sept fois mieux qu’une Porsche

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Photo: Pixabay
Écrit par James Langlois

Pour souligner les cinquante ans de la controversée encyclique Humanae Vitae sur le mariage et la régulation des naissances, publiée en 1968 par le Pape Paul VI, Le Verbe a rencontré Paul-André et Marie, un couple qui a toujours cherché à vivre cette fécondité «au naturel» telle qu’enseignée par l’Église catholique.

Si, lorsqu’elle étudiait la médecine, vous aviez dit à Marie qu’elle serait un jour mère au foyer de sept enfants, elle vous ne vous aurait certainement pas cru. De même son mari, qui pensait épouser une future médecin, se voyait davantage au volant d’une Porsche que d’une mini-fourgonnette.

Il aurait été plus plausible pour Paul-André de désirer avoir plusieurs enfants, lui qui est quatrième d’une famille de six, « très catholique et très traditionnelle ». Marie était plutôt impressionnée par le haut niveau de dévotion, notamment du chapelet en famille récité quotidiennement, de sa future belle-famille. Ainée de trois frères, Marie provenait quant à elle d’une famille moins zélée sur le plan religieux.

Mais la première grossesse, un an après leur mariage, marquera un tournant décisif dans sa foi.

Point de non-retour

À leur mariage, en 1986, Paul-André avait vingt-trois ans et Marie deux ans en moins : « On s’est marié parce qu’on s’aimait. On n’avait pas en tête un nombre d’enfants ».

Ils n’avaient pas de plans, ni d’échéancier. Ils se sont mariés pour vivre ensemble et ils ne se voyaient pas vivre ensemble sans se marier.

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Photo: Paul-André et Marie

Lui venait de terminer un baccalauréat en théologie; il connaissait bien la conception de l’Église sur la famille, le mariage et la sexualité : « c’était clair…du moins, autant que ça peut l’être pour un jeune dans la vingtaine qui a aucune expérience de vie ».

Les deux étaient d’accord pour attendre leur mariage avant d’avoir des relations sexuelles. Il n’y avait d’ailleurs rien de plus naturel pour eux. « Ce n’était pas fondé sur autre chose que la confiance en ceux qui nous disaient que c’était mieux pour nous ».

Marie n’avait pas toute la connaissance théologique et philosophique de son époux, mais, avec ses études médicales, elle était au fait des conséquences des contraceptifs hormonaux sur le corps.

Les jeunes fiancés ont préféré faire deux parcours de préparation au mariage plutôt qu’un : le premier à la paroisse avec d’autres futurs époux et l’autre avec un couple (un diacre et sa femme) qui allait sans doute avoir « plus de vécu derrière l’étole ». Ils étaient d’ailleurs assez impressionnés par le fait que ce couple avait cinq enfants.

Cette double préparation était-elle, malgré eux, pour les préparer à vivre leur première naissance qui allait être… double? Pour des raisons médicales, Marie devait choisir entre vivre les derniers mois de cette grossesse gémellaire à l’hôpital ou en repos dans sa famille; ce sont finalement ses beaux-parents qui l’ont accueillie.

Elle se rappelle, lors de son séjour : « As-tu déjà lu La famille? C’est quelque chose de bien, ça va te préparer », lui dit sa belle-mère en lui apportant une copie de Familiaris Consortio. C’est en lisant cet important texte de Jean-Paul II qu’elle réalise « qu’elle ne s’était pas mariée dans ces conditions-là, qu’elle ne savait pas que ça impliquait tout cela. »

La suite, comme elle dit, c’est surtout elle qui l’a choisie et c’est son mari qui l’a « subie » et respectée : « j’ai vraiment senti que j’étais à un carrefour : ou bien on avait que ces deux enfants, et je retournais après au travail, ou bien on en avait plus que deux et je restais à la maison. »

Elle vivait beaucoup de pression de ses parents pour terminer sa médecine et, socialement parlant, elle savait que de devenir femme à la maison, en région de surcroit (pour le travail de son mari) allait être difficile. Son choix s’est arrêté assez rapidement : « Il y a d’autres bons médecins, mais il n’y a pas d’autres mamans pour ces enfants; ils ont une mère et c’est moi. »

Signe de contradiction

Après les jumeaux, cinq autres enfants sont venus combler la famille : « on aurait pu en avoir cinq, dix, douze, le critère ce n’est pas le nombre, mais c’est d’être généreux et d’aller au bout de cette générosité. Pour certains c’est quatorze, pour d’autres c’est deux enfants autistes», m’expliquent-ils.

Le critère ce n’est pas le nombre, mais c’est d’être généreux.

À partir du quatrième enfant, Paul-André a particulièrement commencé à souffrir des jugements et de la calomnie des gens de son milieu de travail. Certains l’accusaient de ne pas respecter son épouse, d’autres se sentaient obligés de lui expliquer les moyens de contraception. Mais la joie que procurait l’arrivée de nouveaux enfants était plus importante que les jugements extérieurs.

En usant des périodes infertiles, ils ont su espacer les naissances selon leur discernement. Quand ils considéraient que la famille allait suffisamment bien et que Marie était prête à devenir enceinte de nouveau, ils assumaient que leur union pouvait accueillir un nouvel enfant.

Toutefois, jamais l’argent n’a été considéré comme un empêchement.

Marie témoigne que cette ouverture à la vie a fait grandir sa foi : « À un certain moment, on n’a plus le choix que de compter sur Dieu ». Paul-André en rajoute : « Ce qui nous a frappés, c’est que, à chaque enfant, notre situation matérielle s’est améliorée, alors que mathématiquement parlant, c’est illogique. »

Pour eux, être des parents responsables c’était de tout mettre en œuvre pour s’assurer du bien-être de la famille. Par exemple, Paul-André a augmenté son salaire en bonifiant ses études. Ou encore, ils ont eu de grands jardins dans lesquels ils faisaient pousser leurs légumes pour l’année.

Les fruits de la générosité

Cet abandon à la providence s’est aussi expérimenté dans les naissances : à partir de quarante ans, ils ont tout essayé pour avoir un huitième enfant et leurs tentatives se sont soldées par trois fausses couches, dont une a été presque mortelle pour Marie. Elle m’explique qu’à ce moment-là, elle s’est abandonnée à Dieu dans son désir de retomber enceinte.

D’ailleurs, c’est au moment même où la vie familiale était le plus difficile – à cause de l’adolescence très pénible de certains enfants – que les grossesses ont cessé.

« Les enfants nous commandaient des frères et sœurs : ils aimaient que la famille soit grande, jamais ils ne se sont plaints de cela. » Autour de la table avec ses enfants, Paul-André leur faisait comprendre qu’il s’agissait de leur héritage : « Même ceux qui ont une certaine fragilité psychologique, ils sont vus comme des cadeaux. »

Pour le couple, la fin est loin d’être amère : le fruit de cette famille nombreuse, selon eux, est sans équivoque la joie, celle qui vient de l’amour : « On n’a pas eu le choix d’être attentifs l’un à l’autre. La fécondité naturelle demande cette écoute de l’autre. Ça m’a gardé ouvert et humble » témoigne Paul-André. Marie rajoute : « Si je ne prenais pas soin de lui, tout s’écroulait. On était en équipe. »

Même s’ils ont expérimenté bien des moments de fatigues et de découragement, ils sont heureux de voir qu’aujourd’hui, plusieurs de leurs enfants aimeraient reproduire la famille dans laquelle ils ont grandi.

Puis, au final, si Paul-André n’a pas eu sa Porsche, il reconnait aisément avoir reçu mille fois plus. Quant à Marie, elle est retournée aux études et sur le marché du travail après que les enfants aient tous commencé l’école, et ce, afin de mettre au service du plus grand nombre ses talents et son expérience.

Et aujourd’hui, ils se préparent à partir pour de l’aide humanitaire en Afrique….

À propos de l'auteur

James Langlois

James a étudié l'éducation, la philosophie et la théologie. Son cursus témoigne de ses nombreux champs d’intérêt, mais surtout de son désir de transmettre, de comprendre et d'aimer. Il est rédacteur en chef adjoint au Verbe depuis juin 2016.

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