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Safia Nolin n’est pas Plume Latraverse

Photo: Safia Nolin (image tirée de YouTube)
Photo: Safia Nolin (image tirée de YouTube)

J’écoutais Simon Jodoin au micro du 15-18 de Radio-Canada. Il faisait la comparaison flatteuse (et fortuite, semble-t-il) entre Plume et Safia. Voilà, effectivement, deux chanteurs québécois qui remettent en question l’ordre établi. À la différence près, je dirais, que Plume n’est pas surpris lorsque son irrévérence est conspuée sur la place publique.

Sincèrement, je suis d’accord avec Safia sur plusieurs des idées qu’elle porte… aussi élégamment qu’un t-shirt de Gerry Boulet.

Si certaines de ses opinions sont plus difficiles à endosser sans vérification préalable (sa sœur serait une « grosse conne »), d’autres, néanmoins, sont plutôt aisées à partager. Par exemple : Safia Nolin a le droit de s’habiller comme elle le veut.

Je veux faire ce que je veux et je vais faire ce que je veux parce que j’ai le droit.

- Safia Nolin, sur Urbania

En effet, si on s’en tient au point de vue légal de la chose, porter un jeans lors d’un gala n’est pas juridiquement répréhensible. Et si la police du mauvais gout existait, elle serait tellement occupée à châtier les cathos de mon espèce (je porte parfois des bas blancs) qu’elle n’aurait pas le temps de faire du zèle avec des artistes de Limoilou.

Limoilou

Parlons-en un peu de Limoilou. Cet adorable quartier de Québec où l’embourgeoisement bat son plein. La belle vitalité économique s’y mesure par le nombre de canidés déambulant sur la 3e avenue avec des petits pichous et des vestes carrelées; par l’extinction des chats d’ouvriers; et par l’apparition de boutiques qui vendent des t-shirts de Gerry Boulet.

J’y ai habité assez longtemps pour constater, avec mon œil de sociologue patenté, que le look « subversif » arboré par Safia Nolin dimanche dernier représente tout ce qu’il y a de plus conventionnel dans la café society limouloise et respecte à la lettre le code vestimentaire de ce groupe social.

Ça me fait penser aussi aux groupes de punks qui ont des codes vestimentaires archistricts tout en se disant anarchistes. Ah!

Tout devient alors une question d’échelle.

L’ointe nouvelle?

Il faut dire enfin que Notre Seigneur Jésus a eu, lui aussi, sa place au soleil lors du gala de dimanche. Safia, ne voulant pas garder toute la gloire pour elle, s’est efforcée de mentionner le Christ (ou était-ce un certain dénommé Chris ou criss? Je ne sais trop!) dans son discours de remerciement.

Des sources sures m’indiquent que, pour une fois, le p’tit Jésus était pas mal content de ne pas être oublié.

Par ailleurs, si Lise Ravary n’a pas apprécié les « cheveux gras » de Safia, c’est peut-être qu’elle n’est pas au courant de l’antique tradition voulant que l’onction d’huile sur la tête soit le signe d’une bénédiction sans égale…

Safia serait-elle donc l’ointe nouvelle? La nouveauté messianique dont l’industrie musicale a besoin ces jours-ci?

*

J’écrivais plus haut que la différence entre Plume et Safia était beaucoup dans leur réaction à la réaction suscitée par leur subversion. (Pour Plume, une absence de réaction fait office de réaction.)

Mais je crois qu’il y a autre chose qui les distingue.

Après s’être autosacrée porte-étendard de la contreculture, les ventes de l’album de Safia Nolin ont trôné au sommet du palmarès iTunes.

À propos de l'auteur

Antoine Malenfant

Marié et père de famille, Antoine est diplômé en études internationales, en langues et en sociologie. À la tête de l’équipe de rédaction du Verbe depuis 2013 et directeur artistique de la publication, il anime chaque semaine, depuis septembre 2016, l’émission radiophonique On n’est pas du monde.

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