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Patrick sur les genoux

Photo: Caroline et Patrick (©Samian Photographie / Le Verbe)
Photo: Caroline et Patrick (©Samian Photographie / Le Verbe)
Écrit par Brigitte Bédard

On ne comprend pas comment un homme peut supporter de voir sa femme avec un autre. On se dit qu’il est idiot, ou bien qu’il est fou. Je l’ai rencontré, cet homme. Je lui ai parlé longuement, et je peux dire qu’il est tout sauf idiot.

Patrick, c’est le mari de Caroline parmi les loups. Celle qui, du jour au lendemain, ne l’aimait plus. Celle qui l’a mis à la porte pour se laisser aller, pendant quatre mois, dans les jeux sadiques et dangereux de son amant.

Patrick, pendant ce temps-là, il était sur les genoux. Il n’avait rien vu venir.

« D’habitude, dans les couples, tu le vois quand quelque chose ne marche pas, mais là, rien ! La veille, on riait. Le matin, elle m’annonçait qu’elle ne m’aimait plus. C’était une brique en pleine face. J’étais démoli. »

Il a tout fait pour la faire changer d’idée. Elle ne voulait rien savoir. Il lui a demandé deux semaines, le temps de s’organiser, mais leur petite Catherine, deux ans, s’en ressentait.

« Un soir, elle est allée voir sa maman parce qu’elle n’arrivait pas à dormir, mais elle l’a renvoyé dans sa chambre. La petite pleurait. Je suis allé la consoler, et là, elle m’a demandé: « Papa, demain matin, vas-tu être là? » J’ai dit: « Ben oui, voyons ! Papa va toujours être là! »

Quand il est revenu à la chambre, il entendait sa femme dire du mal de lui au téléphone. Il s’est mis en colère et s’en est allé chez son père. Le lendemain matin, il n’était plus là pour sa petite Catherine. « C’est ça que j’ai trouvé le plus dur; avoir manqué à ma parole envers ma fille. Même aujourd’hui, treize ans après tout ça, j’en ai encore des regrets. Je n’étais pas là pour ma fille… Ça me tue d’y penser. »

Patrick avait tout perdu. De grands épisodes ont sombré dans l’oubli: « Un matin, je devais aller chez une cliente, j’embarque dans mon camion, je prends l’autoroute, et puis après, plus rien! Je ne me rappelle plus du reste de la journée. Je me souviens seulement d’avoir fumé deux paquets de cigarettes. »

À l’Oratoire

La chambre de son père est remplie d’objets religieux. Des icônes, des statuettes, des chapelets, des médailles. En voyant tout cet attirail, il s’adresse tout bonnement à Dieu : « Si t’es là Dieu, fais quelque chose parce que ton p’tit gars va pas bien du tout… »Il s’est étendu sur son lit, et il a tout de suite senti un apaisement. La douleur, qui le rongeait depuis des jours s’est soudainement arrêtée. « À l’intérieur, ça m’a dit: « Va à l’Oratoire Saint-Joseph demain matin ». Et je me suis endormi. »

Au matin, il aboutit à l’Oratoire. Rendu là, tout naturellement, il s’est mis à genoux, et a gravi les 99 marches en récitant une prière à la Vierge et un Notre Père: « Je ne priais même pas pour qu’elle me revienne; je priais pour qu’elle revienne dans le droit chemin. On n’avait jamais été des pratiquants, mais on croyait en Dieu! »

Arrivé en haut du célèbre escalier, une messe débutait. Il s’est assis.

Arrivé en haut du célèbre escalier, une messe débutait. Il s’est assis. L’homélie portait sur les erreurs qu’on fait inévitablement dans le mariage… « Le prêtre me regardait tout le temps… Moi, je pleurais… Je prenais conscience de toutes mes erreurs. »

En sortant, il a croisé l’énorme crucifix de bois. Il y est resté, accroupi, avec le crucifié.

Pendant quatre mois, il est retourné à l’Oratoire tous les vendredis. Comme en pèlerinage. Il allumait un lampion. Celui de la Sainte Famille tout spécialement. Puis, il revenait à la maison, chez son père.

La grâce

Le comble? C’est le jour où Caroline lui a demandé d’aller porter des cigarettes à son amant, en croyant que Patrick ne se doutait de rien. Il y est allé. Il a été surpris de voir que le gars n’était pas particulièrement beau. Il s’est dit: « Elle m’a laissé pour ce gars-là? Je suis quand même mieux que ça! »

« C’est bizarre, me dit-il, on aurait dit que ma confiance était revenue. J’étais complètement détruit, et là, d’un coup, je sentais que ce n’était plus de ma volonté tout ça. »

Puis, Caroline a appelé. Elle pleurait. Elle avait peur. Elle voulait qu’il vienne la chercher. Il y est allé. Autobus. Métro.

« Tu me reprendrais-tu dans ta vie? », voilà ce qu’elle lui a demandé un soir en pleurant.

Plusieurs jours se sont écoulés avant qu’elle se mette à lui en dire un peu. « Tu me reprendrais-tu dans ta vie? », voilà ce qu’elle lui a demandé un soir en pleurant, consciente de tout le mal qu’elle avait fait.

« J’ai dit oui. J’ai prié pour ça. J’avais même été jusqu’à Fortierville avec mon père pour promettre à sainte Philomène de revenir prier et faire un don, si Caroline et moi on revenait ensemble. Alors, on y est allé tous les deux, Caroline et moi. »

Ils ont recollé les morceaux au fur et à mesure que Caroline dévoilait son histoire. Patrick restait craintif. À l’église où il allait quelques fois, il avait vu deux femmes qui priaient. Il se souvient de s’être dit qu’il aimerait que sa Caroline soit comme ça: pieuse, belle, heureuse. « J’ai demandé à Dieu que Caroline devienne plus croyante que moi et qu’elle me dépasse. J’ai dit que j’étais prêt à prendre tous ses péchés pour qu’elle puisse devenir plus croyante. »

Peu de temps après cette demande inusitée, Caroline a commencé à fréquenter une maison de prière. Patrick la regardait aller, et tranquillement sa crainte a disparu, car aujourd’hui, pour Caroline, le Christ, c’est toute sa vie ; c’est Lui qui l’a ressuscitée d’entre les morts.

*

« Papa va toujours être là », disait Patrick à sa fille.

Et maintenant, maman aussi.

À propos de l'auteur

Brigitte Bédard

Brigitte Bédard est journaliste indépendante depuis 1996. Elle vient de publier Et tu vas danser ta vie (Éditions Saint-Joseph), son témoignage de conversion franc et direct.

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