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Ouvrir les portes de la perception

Photo: Oscar Keys (Unsplash - CC).

Docteur en théologie, en philosophie et en psychologie, l’auteur Jean-Yves Leloup vient de faire paraitre Les portes de la transfiguration aux éditions Albin Michel. Notre collaboration, le père Edouard Shatov, l’a lu pour nous et nous livre ici son appréciation.

« La vie, nul ne l’a jamais vue ; c’est le corps qui la fait connaitre ». J’invite chacun et chacune d’entre nous – croyants, agnostiques ou même athées – à prêter attention à cette phrase. C’est en ces termes que Jean-Yves Leloup ouvre sa nouvelle réflexion dans son livre récemment paru : Les portes de la transfiguration.

Comment la Vie, avec un « V » majuscule, se manifeste-t-elle dans nos vies quotidiennes ?

La réponse s’avère simple et complexe à la fois. Cela se fait par l’intermédiaire de notre corps et par nos relations avec les autres, lesquels vivent aussi la vie à partir de leur incarnation, dans les corps qui sont les leurs.

Le véritable sens du corps

Jean-Yves Leloup note qu’il y a deux manières d’habiter notre corps. Dans la première, on idolâtre le corps qui devient un objectif en soi, un objet de consommation, de séduction.  « Le corps idole, c’est celui dans lequel la Vie est arrêtée, identifiée aux organes et à la forme dans laquelle elle se manifeste ».retLes-portes-de-la-T

Toutefois, il y a une autre manière de nous relier à notre corps et à notre vie.

Il s’agit de contempler notre corps comme « le corps icône ». Le corps icône, c’est celui dans lequel « la vie n’est pas enfermée dans sa représentation ; elle se donne à travers cette forme qui n’est jamais considérée comme étant le but du désir, de la dévotion ou de l’intellection ».

Pour entrer dans la plénitude de notre vie incarnée, nous sommes conviés à explorer les sens qui nous habitent et que nous habitons à notre tour : la vue, l’écoute, le toucher, le gout, l’odorat, l’affection et même l’imagination. Puissions-nous plonger dans la connaissance et la transfiguration de notre désir et de ne plus dire de la réalité que nous percevons : « C’est la réalité ! ».  Avec Jean-Yves Leloup nous dirons : « C’est le Réel qui se donne à travers la perception scientifique, mais relative à cette réalité.  Le monde, la matière apparaissent alors comme une icône, comme une fenêtre sur l’inobservable, l’infini insaisissable ».

Augmenté ou transfiguré ?

Tout cela, Jean-Yves Leloup suggère de le réaliser via les Évangiles de la Transfiguration de Jésus – épisode relaté par Matthieu, Marc et Luc.

L’auteur termine son œuvre en nous posant cette question : « L’humain se réalisera-t-il par augmentation et accumulation de ses pouvoirs ou par l’ouverture à plus grand que lui? Notre avenir, est-ce le cyborg Homo Deus et Machina, ou l’humain transfiguré, divinisé par l’infini qui l’informe et la contient ? »

Comme croyants, réalisons que « L’Esprit Saint, qui se joint à notre esprit, n’est pas une prothèse ni une intelligence artificielle. Il est la force du printemps qui éveille nos sens et fait fleurir notre affectivité et notre intelligence ».

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Jean-Yves Leloup, Les portes de la transfiguration, Paris, Albin Michel, 2018, 160 pages.

À propos de l'auteur

Édouard Shatov, a.a.

Edouard Shatov, jeune prêtre Augustin de l'Assomption, d'origine russe et issu d'une famille orthodoxe. Directeur du programme pastoral au Montmartre, à Québec.

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