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Lettre à Joël

Photo: Martin Strachoň / Wikimedia Commons
Photo: Martin Strachoň / Wikimedia Commons

Par Samuel Augustin-Tremblay

NDLR Ce texte nous est récemment parvenu par un lecteur, lui-même homosexuel, qui désirait exprimer son ras-le-bol de l’hypocrisie ambiante face à l’homosexualité. Nous tenons à vous avertir qu’il contient des détails crus qui pourraient être dérangeants pour le lecteur. Nous avons tout de même jugé qu’il était nécessaire de ne pas le biffer afin de laisser l’auteur lever le voile sur la réalité de ceux qui souffrent, en vue d’annoncer l’espérance qui sauve.

 

Cher Joël,

Suite aux récents évènements te concernant, je décide de t’écrire pour te partager mon expérience et mes réflexions sur l’homophobie. Je ne sais pas ce que tu en penses, mais pour ma part, j’ai bien l’impression que les homophobes ne sont pas exactement ceux qu’on croit l’être.

Les mass-médias donnent un sens trompeur à l’homophobie. L’étymologie du mot « homophobie » crève pourtant la raison: c’est la peur/haine (phobie) de son semblable (homo), du même; ou peur/haine d’une personne homo. C’est vrai pour tous, homo ou pas.

Tu le sais, y’a pas que les hétéros qui peuvent être homophobes, y’a aussi les homos. Tu piges? Ça veut dire que la pratique même de l’homosexualité est, par nature, homophobe. Et ceux qui louangent ou haïssent les homos sont homophobes aussi puisqu’ils réduisent les personnes à leurs pulsions, les empêchant d’exister et d’envisager leur vie librement.

Je cite Martineau, dans le Journal de Montréal:

Les gens qui baisent dans ces parcs pourraient s’envoyer en l’air dans des saunas, personne ne dirait rien. Mais non. Ce qu’ils aiment, c’est le risque. C’est ça, leur kick: la peur de se faire prendre… Or, quand on risque, le mot le dit, on peut gagner ou on peut perdre. Joël Legendre a perdu. Il a misé sa famille, sa carrière et sa réputation pour un trip de cul qui dure quelques secondes, et il a perdu. Il n’a qu’une personne à blâmer: lui. Ce qu’il vit est dur, très dur. Mais en même temps, on peut espérer que ça va servir de leçon à d’autres. »

Si les homos « baisaient » dans les saunas, « personne ne dirait rien ». Entends-tu ça, Joël? C’est sûr que, quand les actes homosexuels sont cachés – pour ne pas dire ghettoïsés – par notre société si ouverte, personne ne peut dire quoi que ce soit. Ignorer volontairement est réconfortant.

La pratique du risque, quelque soit l’endroit – parc, sauna, chambre, club, toilette – est une pratique qui fait mal physiquement, spirituellement et psychologiquement. Pourquoi est-ce si répandu? Cela n’en dit-il pas beaucoup sur la nature du désir homosexuel?

Les saunas n’existent QUE pour le risque. Parce que c’est comme ça que ça se passe, tu le sais, dans les saunas, comme dans les parcs, comme dans les clubs du Village, on se cache, quelques fois derrière un mur où il n’y a que des trous… Et on cache sa vie, sa réalité, à l’autre, à qui l’on donne pourtant son corps.

Martineau espère que cela servira de leçon. Mais les leçons ne servent à rien si on ne dit pas la vérité.

Yves Boisvert, dans La Presse, en rajoute:

Ce n’est pas si discret que ça. Dans le stationnement, dans les chemins, sur l’herbe, on trouve à profusion des condoms, des tampons hygiéniques (pas de questions, s’il vous plait), des kleenex. »

Surtout pas de questions sur la pratique homosexuelle! Réalité: les tampons, c’est parce que la tendresse entre hommes, souvent, est si violente, qu’on en saigne. Gardons les homos au silence! Laissons-les parader une fois par année pour nous donner bonne conscience, pour nous faire croire qu’ils sont heureux, épanouis et « comme nous », en amour !

Boisvert:

Si moi qui ai joggé là 57 fois n’ai rien vu, j’imagine que tout cela est relativement discret et se fait entre adultes extrêmement consentants, non ? »

Ce n’est plus suffisant d’être consentant, faut l’être « extrêmement »! Le consentement – surtout pas l’amour – étant la valeur suprême en matière de sexe. Voilà une belle façon de se laver les mains du sort réservé aux personnes homosexuelles, prises dans leur désir refoulé ou exacerbé, et que la plupart des médias continuent de banaliser!

Consentantes, ces personnes? Bull shit. Cette mentalité du « consentement » n’est que pour mieux laisser les personnes homos se détruire tendrement. Le consentement est plutôt l’argument majeur pour se donner bonne conscience.

On aurait le pouvoir de dire la vérité sur ce désir, sur la blessure d’amour incommensurable qui la fait vivre, mais on préfère se réfugier derrière l’argument hypocrite du « libre consentement ».

Elle est là l’homophobie.

Cher Joël, Marc Cassivi dit que c’était « un manque de jugement » de ta part.

Le jugement? Comme moi un jour, tu as probablement perdu depuis longtemps la maitrise de ta vie, Joël. Peu importe l’image qu’on projette en public, qu’on s’inflige à nous-mêmes et aux autres homos.

Celui qui ne maitrise pas sa vie et qui se fait mentir sur son désir homosexuel à longueur d’année par les mass-médias, les gouvernements, les « ogues », les amis, la famille, la « communauté », les mères porteuses, les téléromans, les films, les clips, et les chansons pop ne peut pas avoir un jugement éclairé.

Notre société refuse de parler du désir homo:

Le désir homosexuel est un désir idolâtre, à la fois pour et contre lui-même, qui se déteste en même temps qu’il cherche à se dire avec fierté, qui a du mal à s’incarner, qui exprime la haine de soi en même temps qu’un trop-plein d’orgueil. Mais l’orgueil n’est pas autre chose qu’une blessure d’amour. Au lieu d’applaudir ou de cracher sur les personnes homosexuelles, de leur distribuer les bons et les mauvais points, si on réfléchissait à ce qu’est véritablement le désir homosexuel? Un désir bassement humain, ni complètement mauvais ni tout à fait banal, parce qu’il est le signe de drames et d’une blessure à soulager. » (voir le site de Philippe Ariño)

Et ceux qui nous jugent, ceux qui te jugent, parce que soi-disant que tu ne serais plus digne d’être un père, c’est juste qu’ils croient, eux aussi, que l’amour homo ça existe. Ils ne comprennent pas que ça n’a rien à voir avec les enfants.

Ce discours sur l’enfant attise la haine du milieu homosexuel chez les « catholiques pro-vie et pro-droits-de-l’enfant », et toutes les personnes qui se disent « ex-gais ou homos mais pas gais ».

Ce discours ne fait que renforcer le déni des personnes homos sur leur pratique sexuelle et dans leur croyance en l’amour homosexuel.

Le problème avec le « mariage », ce n’est pas, prioritairement, en lien avec une capacité d’éduquer et d’aimer des enfants – bien sûr que tu es capable! – mais avant tout dans la croyance, l’illusion, très répandue dans la population en général, et même chez les cathos, en l’amour homo.

Il faut faire la vérité sur l’amour vrai. Et quand on décide de le faire, alors, tout s’éclaire, et Dieu, dans sa miséricorde, fait toutes les guérisons. « La vérité vous rendra libre ». Rien d’autre! Je le dis pour toi, mais aussi pour tous ceux qui te côtoient et qui ne savent pas comment aborder l’homosexualité.

Je t’écris pour éveiller en toi cette intuition, bien enfouie, que la relation d’amitié très forte que tu vis avec ton partenaire, ce n’est pas de l’amour : c’est une amitié érotisée. L’amitié n’est pas l’amour conjugal.

Si j’ai cessé un jour la pratique homo, ce n’était pas motivé par mon désir d’avoir des enfants, et ça ne devrait l’être pour aucun homo. Ça devrait être motivé par un désir d’être moi, un désir de me connaitre et de faire toute la vérité sur ma personne, un désir de connaitre le vrai amour dans ma vie!

Moi et des milliers d’autres homos qui ont décidé de cesser la pratique, on ne se fiche pas des homos des saunas, des parcs et de toutes les chambres à coucher de la ville. On se parle, on se rencontre, pour vivre une amitié entre gars – chose qu’on a si ardemment souhaité toute notre enfance et qui n’a jamais été possible – pour dire cette souffrance qu’on ne refoulera plus jamais.

C’est pourquoi je voulais t’écrire, Joël. Il y a une Espérance dans tout ça! Ton désir peut se vivre dans la paix, si tu décides de ne plus passer à l’acte. Avec nous. Avec Lui.

Le pape François a annoncé une année de Miséricorde, spécialement pour ceux qui ont oublié qu’ils ne sont ni gais, ni homo, ni hétéro, ni bi, mais juste des fils et des filles de Dieu, libres, et créés pour aimer d’un amour vrai. C’est tout ce que tu es, Joël. Fils de Dieu.

À propos de l'auteur

Collaboration spéciale

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