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Les saints ne sont pas des anges

Pixabay (CC)
Pixabay (CC)

Je donne toujours ce conseil aux nouveaux époux: Disputez-vous autant que vous le voulez. Si les assiettes volent, laissez-les. Mais ne laissez jamais la journée finir sans faire la paix!

- Pape François

 

Il y a de ces moments où on dirait que rien ne fonctionne.

Hier soir, on rêvait de coucher les enfants à une heure décente, on fantasmait à l’idée d’un peu de quiétude autour de la table du souper et, d’une manière plus fantaisiste encore, on espérait que la recherche d’une paire de bobettes propres pour A. (6 ans) qui sort du bain ne se transforme pas en fouille archéologique dans un tas de linge empilé et reparti dans une demi-douzaine de paniers en plastique.

Et, puisqu’on est biberonnés quotidiennement à l’idée qu’une vie heureuse est une vie confortable et prévisible, la moindre perte de contrôle survient et c’est la fin du monde.

Hier soir, ces petites choses se sont transformées rapidement en chaos assourdissant.

Comme il est écrit dans la Genèse (à quelques mots près) : en de telles occasions, la colère est une bête tapie… et sa laisse est sur le point de prendre le bord!

Réjouissez-vous, qu’ils disaient!

Coquin de sort, c’est au terme de cette soirée de rêves (dans le sens que mes espoirs oniriques n’avaient rien à cirer de la réalité qui est la mienne) que je devais m’assoir pour finir de préparer une chronique radiophonique sur l’exhortation apostolique Gaudete Et Exsultate du pape François.

On traduit le titre du texte par « Soyez dans la joie et l’allégresse ». Très drôle.

« Plus facile à écrire qu’à faire… », me dis-je, un brin désinvolte devant le livre du Saint-Père.

À la place du célèbre « Engagez-vous, qu’ils disaient! » bredouillé par les légionnaires romains ayant gouté à la médecine gauloise d’Astérix, j’entends un autre type d’injonction, toujours en provenance de Rome: « Réjouissez-vous! »

Dois-je vous dire que je ne crois pas au hasard?

Cette lecture, après une soirée ressemblant davantage à un gala de la WWF qu’à un repas entre êtres humains sains et équilibrés, m’a été d’un grand salut.

Ça, pis le regard miséricordieux de mon épouse.

L’Église et ma femme m’appelant à la sainteté; j’ai fini par dépomper.

Briser quelques bibelots

On se représente les saints comme des bibelots de plâtre : couleur pastel, sans personnalité tellement on les imagine parfois configurés aux anges. « [Ê]tre saint ne signifie pas avoir le regard figé dans une prétendue extase. » (n° 96)

Le pape François rappelle que tout le peuple de Dieu est appelé à la sainteté. Pas seulement quelques bons curés et une poignée de religieuses exemplaires. (n° 6 et n°14)

Mais attention! Ce n’est pas parce que tout le peuple est appelé qu’il s’agit pour autant d’une bagatelle. Le saint est celui qui réalise dans sa chair, dans sa vie, le sermon sur la montagne.

« Les béatitudes ne sont nullement quelque chose de léger ou de superficiel, bien au contraire; car nous ne pouvons les vivre que si l’Esprit Saint nous envahit avec toute sa puissance et nous libère de la faiblesse de l’égoïsme, du confort et de l’orgueil. » (n° 65)

Je ne reviendrai pas sur tous les versets du sermon sur lesquels le pontife nous exhorte. Mais, en lisant le commentaire de François sur « Heureux les affligés, car ils seront consolés », je ne peux m’empêcher de repenser à ce moment où j’ai eu envie de sortir prendre une longue marche, plus tôt dans la soirée :

« Le monde nous propose le contraire : le divertissement, la jouissance, le loisir, la diversion, et il nous dit que c’est cela qui fait la bonne vie. […] Le monde ne veut pas pleurer : il préfère ignorer les situations douloureuses, les dissimuler, les cacher. Il s’ingénie à fuir les situations de souffrance, croyant qu’il est possible de masquer la réalité, où la croix ne peut jamais, jamais manquer. » (n° 75)

Enfin, le pape appelle les chrétiens à accueillir les béatitudes sine glossa (sans chialer, sans s’obstiner, dirait-on) parce qu’il ne s’agit pas d’une jolie petite poésie champêtre ni un beau discours pour faire cute. C’est la voie de la sainteté, rien de moins. (n° 97)

La porte étroite

Je vous épargne les délicieux paragraphes dans lesquels François, lui, n’épargne personne (gnostiques, pélagiens, rigoristes, militants sans vie spirituelle et bureaucrates ecclésiaux, etc.) pour terminer sur cette douloureuse, mais salvifique sagesse :

L’humilité ne peut s’enraciner dans le cœur qu’à travers les humiliations. Sans elles, il n’y a ni humilité ni sainteté.

- Gaudete et Exsultate, n° 118

Je sais maintenant ce que j’ai à faire : piler un peu sur mon orgueil de petit tyran domestique et demander pardon à ceux qui souffrent de mon air (de) bête (pas toujours tapie).

La mauvaise nouvelle, c’est que je me sens incapable de tout ça.

La bonne nouvelle, c’est que devenir saint ne consiste pas tant à faire le bien qu’à accueillir l’Esprit Saint. Ensuite, après avoir préalablement reconnu notre incapacité à accomplir le bien que l’on voudrait faire, Lui seul peut nous donner la grâce de faire ce bien (cf Rm 7, 19).

Parce qu’il nous a aimés le premier.

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[NDLR] Le titre de ce billet aurait vraisemblablement déjà servi à coiffer un roman policier sur les mormons (1987). Aucun rapport avec mon propos ici, vous l’aurez compris.

 

À propos de l'auteur

Antoine Malenfant

Marié et père de famille, Antoine est diplômé en études internationales, en langues et en sociologie. À la tête de l’équipe de rédaction du Verbe depuis 2013 et directeur artistique de la publication, il anime chaque semaine, depuis septembre 2016, l’émission radiophonique On n’est pas du monde.

2 Commentaires

  • Bonjour Antoine, quelle coïncidence, je venais de terminer la lecture de Gaudete et Exsultate et voici que tu publies ce juteux commentaire. Bravo! C’est le titre qui m’a attiré, car si tu avais parlé de l’Exhortation, je ne sais pas si je t’aurais lu… Le Pape aussi fait dans l’humour parfois, mais pas au même degré, il faut l’avouer ! Je te souhaite une ample audience, surtout auprès des pères de famille. Enfin, je termine par une courte note à l’endroit des correcteurs du Verbe: comment se fait-il qu’ils ont laissé passer l’anglicisme « # » ? Ce sigle veut dire «number» en anglais et «dièze» en français; il fallait donc employer «no», abrégé de numéro, avec un petit o surélevé !

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