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Le sexe est-il un jeu d’enfant ?

Photo: Fotolia
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Vous avez peut-être vu passer un article louangeant le dernier livre de Patrick Doucet. Drapé d’ouverture d’esprit, le jupon d’un nouveau moralisme (que Guillebaud nommerait l’injonction à la jouissance) dépasse toutefois un peu.

J’ai souligné quelques points spécialement surprenants.

Le titre: La vie sexuelle des enfants ? Tout ce qu’on aimerait sans doute savoir, mais qu’on ne souhaite peut-être pas entendre.

D’entrée de jeu, on laisse entendre que le lecteur est une sorte de Janus voyeur/pudibond. C’est flatteur. Mais un brin condescendant.

Extravagances: « Quand des adultes consentants sont en cause, on apprend à accepter même des extravagances. On souhaiterait toutefois préserver les enfants de ces jeux d’adultes. Et pourtant… »

Si on lit bien, on ne peut qu’être intrigué par « ces jeux d’adultes » extravagants dont il ne faudrait pas priver nos petits. BDSM ? Si tout le monde est d’accord, pourquoi pas ? Bah quoi, on est en 2016!

Mécanique: « La vérité serait tout autre : des enfants, même en très bas âge, se touchent, se masturbent, peuvent avoir des orgasmes, et ce n’est généralement pas un problème. »

Nous voilà rassurés. La mécanique fonctionne à merveille. Le garagiste nous certifie que la voiture roule à merveille. Vers où ? Peu nous chaut.

Kinsey: « Il y a plus de cent ans, le psychiatre austro-hongrois Richard von Krafft-Ebing rapportait déjà, dans son œuvre, des histoires d’enfants s’adonnant à l’auto-érotisme et à des jeux sexuels. Ses observations ont été corroborées, quelques années plus tard, par le médecin et psychologue britannique Henry Havelock Ellis et, dans les années 1950, par Alfred Kinsey, « père de la sexologie moderne ». »

Faut-il vraiment rappeler encore une fois que Kinsey, un pédocriminel notoire déguisé en chercheur, a tenté toute sa vie de rendre socialement acceptables ses propres déviances ?

Inceste (avec consentement, c’est pas pareil)« La tâche d’un professeur de psychologie de la sexualité, explique celui qui pratique ce métier, ne consiste pas à répéter ce qui est convenu dans notre culture, mais de tenter de résumer la vaste documentation sur le sujet et la diversité des expériences humaines ». Et ces expériences, que cela plaise ou non, incluent une large gamme d’activités sexuelles infantiles (masturbation, jeux homosexuels, jeux sexuels entre frères et sœurs, etc.), sans incidences négatives lorsqu’elles ne sont pas forcées et se déroulent entre enfants. »

Suis-je le seul à être mal à l’aise en lisant ça ?

Comparer des pommes et des oranges: « Curieusement, écrit Doucet, les enfants et les adolescents assistent à la télé ou au cinéma à des millions de meurtres, tandis que nous veillons beaucoup plus scrupuleusement à ce qu’ils ne voient aucune représentation de ces activités sexuelles auxquelles ils se livreront tôt ou tard. N’est-il pas un peu étrange de montrer si généreusement ce que l’on ne devra pas faire et si peu ce que l’on fera ? »

C’est le clou.

D’abord, selon son raisonnement, le fait que l’industrie du divertissement propose toute cette violence devrait être suffisant pour légitimer l’exposition de nos enfants à davantage d’intimité exhibée.

Enfin, pourquoi Doucet s’encombrerait-il de l’humilité millénaire de l’espèce humaine face au mystère de la sexualité ? Ce n’est pas très vendeur, en nos jours libertins. Pourquoi se barrer les pieds avec la dimension fondamentalement relationnelle et spirituelle de l’acte sexuel.

Mais pour dire des choses comme ça, il faut se décentrer de son petit… nombril. Et lever les yeux vers celui/celle qui est en face de nous. Le regarder comme une personne et non comme un moyen pour arriver à mes fins.

*

Essentiellement, l’adulte est celui qui – à la différence de l’enfant – a conscience de l’autre en tant qu’autre. Ce qu’un enfant ne distingue pas clairement.

Les tabous étant tombés et chacun ayant l’impression de faire ce qu’il veut (les psychologues du calibre de monsieur Doucet aiment bien clamer qu’il n’existe « pas de norme » en la matière ; serait-ce pour mieux nous charger de nouveaux jougs ?), on peut se lancer à fond dans le sexe-loisir.

Commençons l’entrainement (le conditionnement ?) dès que possible : montrons à nos enfants comment vivre leur sexualité comme un touche-pipi mutuel qui nous permet de nous soulager.

Disons que ça manque de hauteur.

Pour l’auteur, on sent que ce qui compte, c’est d’enligner les clichés soixante-huitards sur le sexe, et de les pousser juste un peu plus loin. Question de fournir au lecteur moyen la petite dose de progrès psychologique qui lui manquait.

La démarche a quelque chose d’un peu… infantilisant.

À propos de l'auteur

Antoine Malenfant

Marié et père de famille, Antoine est diplômé en études internationales, en langues et en sociologie. À la tête de l’équipe de rédaction du Verbe depuis 2013 et directeur artistique de la publication, il anime chaque semaine, depuis septembre 2016, l’émission radiophonique On n’est pas du monde.

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  • Le Devoir adore publier ce genre de contenu et c’est son comité de rédaction qui semble vivre dans un mode soixante-huitard. La même équipe a aussi permis la publication de la fameuse « Lettre d’un homme raciste, sexiste et homophobe » qui appelle à une irresponsable déconstruction des rapports entre les individus sous couvert de repentance pour briser l’intolérance systémique. Ce journal est apparemment libre de penser mais pas de réfléchir.

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