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Le retour du Crucifié

Photo: Loup-William Théberge
Photo: Loup-William Théberge
Écrit par Alex La Salle

Je dois dire que le retour du crucifix à l’hôpital du Saint-Sacrement ne suscite en moi aucun émoi particulier. Comme n’est guère parvenu à modifier mon humeur son retrait, quand j’en ai appris la nouvelle il y a une semaine.

J’ai trouvé idiot qu’on l’enlève, je ne me plaindrai donc pas qu’on le remette. Mais dans l’état actuel des choses, alors que s’approfondissent chez nous la déliquescence sociale, la déroute intellectuelle et l’aliénation spirituelle, qu’il soit ou non suspendu au mur de l’hôpital ne me fait ni chaud ni froid.

La seule chose peut-être qui, à l’extrême rigueur, me trouble un peu dans cette affaire de corruption (de l’esprit public et de l’âme collective), c’est que je me suis retrouvé, le temps d’une polémique, dans le même camp que Philippe Couillard, l’accoucheur de la loi sur les « soins de fin de vie » (sic). Je ne sais trop quoi en penser.

Équanimité parfaite

Je comprends bien qu’on veuille, pour des raisons de souveraineté culturelle, de filiation historique, de gratitude élémentaire, défendre le patrimoine, cultiver la mémoire, honorer les bâtisseuses. Mais à la vérité j’ai d’autres soucis par les temps qui courent.

L’approfondissement consenti et même enthousiaste de notre apostasie collective, symbolisée ici par la décision débile de quelques gestionnaires obtus, pressés d’oblitérer le passé, aurait pu éventuellement aviver ma peine.

Leur volonté d’assoir sur une neutralité factice la comédie du vivre-ensemble d’une société déjà atomisée, qui saccage ce qui lui reste de fondement solide en préparant la désintégration du dernier bastion de la sociabilité qu’est la famille, aurait pu me scandaliser.

Pas même une petite amertume ne m’est montée du fond de l’âme. Tarissement total des affects.  Pulsation égale.

Mais non. Pas même une petite amertume ne m’est montée du fond de l’âme. Je vous le dis : nada! Tarissement total des affects.  Pulsation égale. Équanimité parfaite. À en faire baver d’envie tous les adeptes du Vajrayāna.

La célérité pavlovienne avec laquelle les responsables de l’hôpital ont voulu obéir aux dictats du conformisme laïciste m’a laissé de marbre. Leur rétractation tout aussi servile m’indiffère.

Si j’y pense, je bâille. En me curant le nombril. Chose ô combien plus captivante que ce débat pittoresque pour postillonneurs d’opinions, où les apôtres de la nostalgie, qui sont du genre à s’attendrir devant une crèche sans pour autant être capables de réciter le Notre Père, croient faire œuvre utile en sermonnant les iconoclastes enthousiastes, alors qu’ils s’accommodent au fond de la même vacuité métaphysique que leurs opposants – vacuité suffocante dans laquelle, depuis un demi-siècle, nous essayons de faire monter en graine, dans les serres suintantes du sécularisme, et en les arrosant de nullités culturelles toujours plus bêtifiantes, des âmes faites pour fréquenter l’infini.

Sauver les meubles à défaut des âmes?

Nous n’en sommes plus à sauver la décoration intérieure d’une congrégation de bonnes soeurs, me semble-t-il.

Le patrimoine, la mémoire, l’hommage aux fondatrices, c’est très bien, mais ça ne suffit pas. Ça ne permet pas de ne pas crever de solitude et de dégout dès l’adolescence. Ça n’enlève pas le gout de s’expédier ad patres en se jetant par la fenêtre au bureau ou en se fabriquant une corde de chanvre à même les plants de pot du sympathique Justin. Ça n’empêche pas de succomber à l’envie de fin en fin de vie, ni ne détourne de recourir à la nouvelle pharmacopée des docteurs Couillard et Barrette.

Si la sauvegarde d’un joli décor catho-kitch est tout ce qui nous tient à cœur, alors je n’ai cure du décrochage de tous les crucifix, du dynamitage de tous les couvents et du lynchage des tous les chrétiens. De toute façon, on commence à en avoir l’habitude avec ce qui s’est passé en Syrie. Et ça aidera les derniers adeptes de la sequela christi à retrouver leur vraie vocation, qui est de mourir pour le monde en imitant au plus près Notre Seigneur Jésus-Christ.

Le boomerang du baby-boom

On ne comprend rien à ce qui se passe actuellement chez nous au plan religieux si on oublie que, durant des décennies, les femmes canadiennes-françaises ont subi massivement une forme de violence et d’abus psychologique au nom de la religion, donc au nom de Dieu, afin d’assurer « la revanche des berceaux » à un peuple émasculé qui n’avait, pour se défendre contre son confinement et son amenuisement programmés, qu’une arme de colonisé: le ventre de ses filles.

Dans le but de contraindre à la soumission et d’enfermer dans l’obéissance la conscience rétive de femmes peu enclines à transformer leur corps en usine à homo sapiens sapiens, l’Église s’est appuyée sur l’autorité de Dieu lui-même en agitant la menace de la damnation éternelle, chose réellement terrifiante pour des croyantes élevées dans l’atmosphère inquisitoriale et névrotique du jansénisme.

Les bourreaux de Ponce Pilate n’avaient pas mieux fait, il y a deux-mille ans, pour défigurer la Sainte Face.

L’image de Dieu qui forcément en fut induite, et que l’on a entretenue criminellement à coup de refus d’absolution, est absolument effroyable. Est-il besoin de dire qu’il s’agit là d’une abominable contrefaçon du vrai visage de Dieu, visible en Jésus-Christ? Les bourreaux de Ponce Pilate n’avaient pas mieux fait, il y a deux-mille ans, pour défigurer la Sainte Face.

Le ressort de la violence

L’abus commis au nom de la religion est la pire forme d’abus, parce que c’est un abus qui enferme la conscience individuelle dans un conflit artificiel avec la volonté de Dieu, devant lequel la personne pieuse ne peut rien, sinon se révolter et précipiter ainsi sa perte.

Le pire viol de conscience est celui qui est commis au nom de la plus grande menace, la menace divine, car il exerce au nom de Dieu la plus grande violence psychologique et entraine la plus grande dépersonnalisation qui soit, en obligeant l’objecteur à « ossifier » sa conscience pour la faire taire et ainsi éviter les peines de l’Enfer.

Je sais qu’il faudrait quatorze thèses de doctorat dans toutes les disciplines des sciences humaines pour apporter toutes les nuances requises en cette matière. Et quatorze autres pour étudier la concaténation de toutes les autres causes du déclin du christianisme, ainsi que leur interaction avec celle relative à l’état psychologique des nos aïeules, bisaïeules et trisaïeules, de 1840 à 1960.

Si la commination des soutanes et des chanoines n’explique pas tout, elle explique tout de même pour une bonne part l’abandon généralisé de la foi par les Anciens Canadiens devenus Québécois. Car les victimes de cet abus sont précisément celles sur qui reposa, traditionnellement, dans l’intimité du foyer, la transmission de la foi.

La perte…

L’Église ayant instrumentalisé les femmes, celles-ci, à la première occasion, prirent tous les moyens (pilule, amour libre, divorce) pour se réapproprier leur corps, y compris le plus extrême, qui consiste à se débarrasser du corps d’un autre (souvent parce que les pères les y incitent ou parce qu’ils ont fui leurs responsabilités).

La violence de cette réaction de survie répond, me semble-t-il, à la violence d’une agression préalable ayant conditionné les perceptions et les comportements dans le sens d’une surcompensation défensive, destinée à néantiser le moindre risque d’assujettisement.

Et rien ne changera dans le paysage religieux québécois tant que la radicalité du rejet des traditions catholiques n’apparaitra pas au moins comme partiellement problématique aux yeux des Québécois qui, depuis cinquante ans, louvoient entre déserts existentiels et marécages ésotériques.

Non, il ne se passera rien tant que l’on n’aura pas compris que l’affranchissement et la tentative de reconquête de soi s’est faite, dans son excès, au détriment d’une autre part de soi qui mérite de s’épanouir en liberté: la part éternelle.

Pour l’instant, même si le climat culturel change, au fur et à mesure que le passé sombre dans l’abime de l’oubli, rien n’évolue significativement, car le mal est fait : le divorce entre la nation laurentienne et l’Église catholique est consommé.

De plus, le sentiment de perte n’est pas encore assez grand par rapport au sentiment de liberté reconquise pour qu’une révision même partielle du rapport des Québécois au christianisme soit sérieusement envisageable.

…et le lien

Les retrouvailles de notre peuple avec la foi sont retardées, aussi, parce que les vieilles générations boomeuses et leurs héritiers spirituels s’enthousiasment encore trop pour les nouvelles servitudes à la mode (porno, gender, biotech) et parce que les générations nouvelles, à peu près sans contact avec le christianisme, ne perçoivent pas encore distinctement qu’on les a dépossédées de quelque chose.

Viendra peut-être un temps où, tous les crucifix ayant été décrochés, nous n’attendrons plus rien d’aucun dieu, d’aucune Église, d’aucun prophète, et où nous pourrons nous livrer en toute liberté à des séances de sexe virtuel financées par l’État thérapeutique, pour l’apaisement des souffrances intérieures d’une masse de célibataires chroniques, maintenus leur vie durant dans l’isolement affectif par leurs nombrilistiques ambitions individuelles et la dissolution concomitante de tous les liens sociaux. Et peut-être appellerons-nous cela le bonheur.

Mais peut-être aussi garderons-nous un quelconque lien avec la croix du Christ.

Et peut-être que de ce lien naitra l’émerveillement soudain d’une jeunesse épiphanique, touchée par la grâce et désireuse de promouvoir, avec l’encouragement des chrétiens venus d’ailleurs, l’amorce d’un processus de réexamen historique et de guérison de la mémoire, capable enfin de nous sortir de l’ergastule du ressentiment.

Alors un beau jour, insatisfaits du retour du crucifix, nous réclamerons le retour du Crucifié, qui sait mieux que quiconque ce que c’est que de subir l’outrage d’un parti de prêtres imprécateurs, trop empêtrés dans la politique pour savoir marcher humblement avec son Dieu et en (re)connaitre le vrai visage.

À propos de l'auteur

Alex La Salle

Alex La Salle travaille en pastorale au diocèse de Saint-Jean-Longueil. Il a étudié en philosophie, en théologie et détient une maîtrise en études françaises. La conviction que l'être humain est fondamentalement un homo religiosus l'a conduit à accueillir la lumière de la foi.

16 Commentaires

  • L’auteur du texte me semble ignorer les dynamiques humaines et sociales de la croyance religieuse. Étant un protestant converti au catholicisme, ce texte me rappelle le genre de théories anabaptistes de la « vrai conversion ».

    Avec cette façon de voir la religion, on ne reconnaitra pas, par exemple, la validité de la religion des sujets d’un roi du moyen-âge, converti au christianisme, entraînant par le fait même la « conversion » de tout son royaume (ex: Clovis). On ne reconnaîtra pas pour valide non plus, les conversions des serviteurs du geôlier de la prison de la ville de Philippe (Actes 16), ou de Corneille (Actes 10), ni le baptême de leurs enfants. Cette façon de voir m’apparaît typique de la religiosité de notre époque qui pèche par excès de subjectivisme et d’individualisme. On nage dans le « sincérisme » et … malheureusement, il me semble, dans une vision désincarnée de l’individu.

    Cette attitude « désincarnante » mène à une deuxième tendance, que j’ai vu souvent dans les milieux chrétiens non-catholiques (et que l’on voit comme une épidémie chez les catholiques québécois): un mépris du passé. Un aveuglement quand à la présence de quelques héroïsme que ce soit dans son propre passé historique.

    Mettre sur le dos d’une église « jansénisante » tous les maux présents de la religion catholique au Québec, et le malaise de sa culture me semble réducteur.

    • Bonjour Tommy. Merci d’avoir pris le temps d’écrire quelques commentaires. Vous me permettrai de répondre au premier en rappelant que Joseph Ratzinger (un anabaptiste célèbre?), a dit dans son message aux jeunes pour les JMJ 2011 que: « la foi chrétienne ne consiste pas seulement à croire en des vérités, mais C’EST AVANT TOUT (…) UNE RELATION PERSONNELLE AVEC JÉSUS-CHRIST (c’est moi qui souligne). C’est la rencontre avec le Fils de Dieu qui donne à notre vie un dynamisme nouveau. Quand nous entrons dans une relation personnelle avec Lui, le Christ nous révèle notre propre identité, et, dans cette amitié, la vie grandit et se réalise en plénitude. »

      Je laisse au Christ la tâche de determiner si les bons est loyaux guerriers de Clovis qui l’ont suivi jusque sur les fonts baptismaux étaient en mesure de répondre au critère de Ratzinger (une relation personnelle avec Jésus-Christ), mais je ne remettrai pas en question le critère lui-même.

      La foi d’un chrétien ordinaire qui ne serait pas fondée sur cette relation personnelle, accessible à tous par la grâce, y compris au modeste paysan du curé d’Ars (« je l’avise et il m’avise »), aurait-elle même, je ne dis pas une validité, mais une réalité, sachant que la foi est précisément, par sa nature théologale, une vertu qui entraîne la personne humaine dans une dynamique relationnelle avec Dieu, et non un simple acte d’allégeance?

      La question particulière du baptême des enfants ne pose aucune difficulté. Des enfants baptisés sont morts en odeur de sainteté. Pourquoi? Parce que l’enfant étant un être de relation, il est tout à fait apte à vivre une relation personnelle à Jésus-Christ, donc à être baptisé à l’initiative de ses parents, qui l’initieront à cette relation.

      En somme, croire « en paquets de douze » ou « en vrac » ne paraît pas être d’abord ce à quoi nous appelle le Christ, même si la dimension sociale de la foi n’est pas à négliger – et même si on sait que le Christ passe par le social (la famille par exemple), pour atteindre le coeur de chacun.

      Avant d’être social ou individuel, l’homme est d’abord relationnel. Et si l’homme est relationnel, il est à la fois individuel (il est unique) et social (en rapport avec l’altérité). Dans sa dimension sociale, l’homme croyant participe à la vie de l’Église, qui le supporte dans son cheminement individuel et communautaire, pour qu’il approfondisse en même temps sa relation personnelle avec Dieu et sa vocation missionnaire au sein de l’ekklesia et de la société.

      Mettre l’accent sur la dimension personnelle, ce n’est pas nier le social, ni pécher par individualisme ou désincarnation. C’est mettre la personne au coeur du mystère de la foi. D’ailleurs, toute la mystique chrétienne illustre le déploiment de ce mystère d’une rencontre personnelle et amoureuse de l’homme avec le Transcendant en Jésus-Christ.

      C’est à chacun que le Christ pose la question: « Pierre [ou Alex ou Tommy ou Antoine], m’aimes-tu? » Même s’il demande aussi à chaque nation: « M’aimez-vous? »

      Pour ce qui est de l’accusation de « mépris du passé », il faudrait modifier votre jugement. Voici un texte qui pourra vous y aider: http://www.le-verbe.com/societe/la-prison-de-loubli/

      Enfin, je ne mets pas « sur le dos d’une église « jansénisante » tous les maux présents de la religion catholique au Québec ». Je pointe du doigt, dans une chronique de 1500 mots, UN problème, en n’omettant pas de dire ceci: « Je sais qu’il faudrait quatorze thèses de doctorat dans toutes les disciplines des sciences humaines pour apporter toutes les nuances requises en cette matière. Et quatorze autres pour étudier la concaténation de toutes les autres causes du déclin du christianisme, ainsi que leur interaction avec celle relative à l’état psychologique des nos aïeules, bisaïeules et trisaïles, de 1840 à 1960. »

      • Je ne nie pas que la relation personnelle au Christ soit au centre de l’Évangile.

        Cependant, il y a, je pense, un danger dans ce discours, que je tente d’exposer.
        Pour une immense partie de l’humanité, historiquement, il me semble, on croit parce que « le prêtre l’a dit ». Et l’un de mes soucis, c’est que du haut de notre perspective « 2017/nord-américain/instruit », nous méprisons ce genre de foi. (Je ne dis pas que c’est votre attitude…)

        L’un des problèmes de la situation culturelle/politique/écclésiale actuelle, je proposerais, c’est un éclatement dans la perception de nous tous, de la légitimité des autorités (parentale, ecclésiales, politiques, etc, …). Et votre texte rejoint ce point, en suggérant que les autorités ecclésiales ont en quelque sorte « méritées » qu’on cesse de croire qu’elles étaient légitimes, parce qu’elles ont abusé de leur autorité morale, en forçant un agenda nataliste nationaliste sur les mères canadiennes-françaises. (je caricature)

        Mon argument est de dire que cette crise de l’autorité est bien plus large, et que si l’église a pu, par bien des manières, ne pas « s’aider elle-même » à demeurer une autorité morale légitime aux yeux des gens, les causes me semblent bien plus larges, et bien plus profondes.

        J’admets que le ton de mon commentaire laisse paraître une certaine exaspération. J’en suis désolé. Mais il me semble que la thèse selon laquelle l’église récolte simplement ce qu’elle semé m’apparaît une casette post-révolution tranquille qui me semble redondante et qui sonne, au moins partiellement, de plus en plus faux.

        Il me semble évident qu’une bonne partie des canadiens-français moyens du début du 20e siècle n’était pas tellement en amour avec le Christ. Par contre, dans mes propres connaissances personnelles (ancêtres), il me semble aussi évident qu’une partie non négligeable des canadiens-français de cette époque avaient un amour, une foi, et une espérance réelles, touchantes, personnelles, courageuses.

        J’ai l’impression que les 150 dernières années, et en particulier les 50 dernières ont vu un déchaînement des forces de l’ennemi (dont parlent beaucoup les mystiques, et les apparitions mariales officiellement reconnues), et que, pour caricaturer, je décrirais le revirement des années ’60 de la façon suivante: « la télé est arrivée, et soudainement, c’était plus intéressant que la messe; l’étatisation de tout est arrivé, et graduellement on n’avait plus besoin les uns des autres, on avait le gouvernement; la pillule est arrivée, et on pouvait se permettre de se lâcher « loose » et se complaire dans le vice sans en subir les conséquences. »

        • Sur la question de la médiation:

          « La foi naît de ce qu’on entend »(Rm 10,17) et « il s’agit de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa réssurection » (Ph 3,10) sont deux vérités qu’il faut tenir en même temps. Médiation et expérience personnelle. La parole éclaire l’expérience et l’expérience corrobore la parole.

          Sur la crise de l’autorité:

          Elle ne touche évidemment pas que l’Église. Et l’Église n’est évidemment pas seule responsable de ce qui lui arrive. Elle fait face à une entreprise de démolition culturelle et spirituelle « dont les origines philosophiques et idéologiques remontent aux Lumières du 18e siècle, à la révolution libérale anglaise du 17e siècle, et même au tournant humaniste du 16e siècle » (http://www.le-verbe.com/societe/la-lutte-avec-lange-reflexions-sur-loccident-1-de-2/).

          Si je pointe du doigt UNE cause particulière (en signalant qu’il y en a beaucoup d’autres) c’est parce qu’elle me semble essentielle à notre compréhension de la situation actuelle. Je pense par ailleurs avoir dépassé le seul constat historique du rejet de la religion par les femmes et en avoir offert une analyse sinon nouvelle, du moins éclairante, qui met en valeur le mécanisme psychologique à la source du rejet, et qui a le mérite d’expliquer la violence et la permanence dudit rejet par la gravité de l’atteinte portée à la dignité des personnes meurtries. Je suis donc loin du seul rabâchage des griefs traditionnels des révolutionnaires tranquilles.

          Sur l’hostilité à laquelle sont confrontées l’Église et la civilisation qui en est issue j’ai écrit entre autres ceci:

          « Héritiers de tous les prométhéismes fumeux qui ont défilé depuis les débuts de la modernité – humanisme sceptique (16e s.), individualisme libéral (17e s.), libre pensée voltairienne (18e s.), marxisme-léninisme (19e-20e s.), existentialisme athée (20e s.), hédonisme gauchiste (mai 68) –, les thèses et les discours libertaires qui inspirent les réformes dites progressistes des gouvernements occidentaux depuis quelques décennies se sont toujours structurées et se structurent encore autour du même paradigme classique : l’émancipation. « Faisons sauter nos chaines, rejetons ces entraves » (Ps 2), s’écrient en chœur des bataillons d’hommes contempteurs du réel, en écho à un refrain subversif consigné par le psalmiste, et qui semble venir des origines. » (http://www.le-verbe.com/societe/la-famille-au-defi-du-progressisme/)

          J’ai même fait mention, comme vous, de l’effet néfaste de la télévision:

          « Perpétué par l’aveuglement inouï des siècles antérieurs, le dogme est heureusement venu s’échouer sur l’écueil de la critique marxiste (« l’opium du peuple »), sur le diagnostic nietzschéen (« la mort de Dieu »), et, plus prosaïquement, sur le téléviseur ouvert toute la soirée en remplacement du chapelet. » (http://www.le-verbe.com/culture/notre-repere-qui-est-aux-cieux/)

          Il faut avoir en tête qu’une petite chronique ne peut tout contenir et que le genre littéraire pamphlétaire que je privilégie parfois a ses lois et ses limites.

          Merci encore pour vos commentaires.

      • Notre foi est toujours « médiée ». Vouloir faire de la foi au Christ un truc entre « moi » et « le Christ », … c’est exactement ce que prêchent tous les fondamentalistes évangéliques depuis 4 siècles.

        Et dans cet épisode du crucifix de l’Hôpital Saint-Sacrement, cette médiation me semble opérer. On pourra peut-être m’accuser d’être d’un optimisme délirant, mais je perçois cette histoire de crucifix comme un restant d’attachement à la figure du Christ, médiée par la figure des bonnes soeurs, auxquelles une certaine partie de la population ne peut s’empêcher de demeurer attachée.

    • Retrouver dans les mots d’un autre, et sous la forme achevée d’un texte écrit, la réflexion qui nous habite plus ou moins confusément, donne à la lecture son caractère d’épiphanie proprement jubilatoire. Je vous envie.

  • Texte très intéressant. Le retour éventuel du crucifié pourra être vu comme une sorte de résurrection! À ce propos, ce que je reproche à la religion catholique (que j’ai connu enfant, ayant été baptisé, ayant fait ma première communion et ayant reçu la ridicule petite tape sur la joue pour ma confirmation) est qu’elle met tout l’emphase de sa foi en la croix et le crucifix, alors que c’est la résurrection qui fait que cette foi peut mériter d’être suivie. Je ne sais pas quelle peut être le symbole de la résurrection mais ce n’est certainement pas le crucifix. Au plaisir de lire vos prochains textes.

    • Merci pour vos commentaires M. Ratté. Comme symbole de la Résurrection, je suggère celui-ci: 2000 ans de sainteté. « Notre Église est l’Église des saints », écrivait Bernanos.

  • « L’Église ayant instrumentalisé les femmes, celles-ci, à la première occasion, prirent tous les moyens (pilule, amour libre, divorce, [avortement]) pour se réapproprier leur corps… » Thèse intéressante… mais comment expliquer alors les mêmes comportements dans tous les autres pays occidentaux, même ceux sans Église dominante, comme dans le monde anglo-saxon? Il me semble qu’il faut chercher une cause plus profonde.
    Il faut aussi distinguer le fait de refuser l’absolution parce qu’une femme ne serait pas enceinte (ce qui n’est évidemment pas un péché), d’un refus parce qu’une femme utiliserait la contraception.

  • Très, très intéressant, mais malheureusement inaccessible à 98% des lecteurs potentiels. Vivement un traducteur, s.v.p. Les fils de ce monde sauraient-ils mieux communiquer au « peuple » que les fils de lumiere?

    • « Longtemps je me suis demandé pourquoi le bon Dieu avait des préférences, pourquoi toutes les âmes ne recevaient pas un égal degré de Grâces. Jésus a daigné m’instruire de ce Mystère. Il a mis devant mes yeux le livre de la nature et j’ai compris que toutes les fleurs qu’Il a créées sont belles, que l’éclat de la rose et la blancheur du lys n’enlèvent pas le parfum de la petite violette ou la simplicité ravissante de la pâquerette. J’ai compris que si toutes les petites fleurs voulaient être des roses, la nature perdrait sa parure printanière, les champs ne seraient plus émaillés de fleurettes. Ainsi en est-il dans le monde des âmes qui est le Jardin de Jésus. Il a voulu créer les grands Saints qui peuvent être comparés au lys et aux roses mais il en a créé aussi de plus petits et ceux-ci doivent se contenter d’être des pâquerettes ou des violettes destinées à réjouir les Regards du Bon Dieu lorsqu’il les abaisse à Ses pieds ; la perfection consiste à faire Sa volonté, à être ce qu’Il veut que nous soyons. » Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, Manuscrit autobiographique A, 2r°

      La méditation de Thérèse de Lisieux me fait penser que dans l’ordre du témoignage chrétien aussi il peut y avoir de tout. Même de petites fleurs surchargées de fioritures comme cette chronique.

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