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L’auberge « chez Dieu »

Le Bon Samaritain, Van Gogh, 1890 (CC-wikimedia)
Le Bon Samaritain, Van Gogh, 1890 (CC-wikimedia)

Quand vous pensez à l’Église, quelle image vous vient d’abord à l’esprit? Pour d’aucuns, c’est la basilique cathédrale Notre-Dame de Québec; peut-être même est-ce Notre-Dame de Paris. Pour un grand nombre d’entre nous, c’est l’idée de hiérarchie : le pape, les évêques, les cardinaux, les prêtres et les diacres. Pour d’autres encore, c’est le peuple de Dieu, les laïcs. Toutes ces conceptions sont aussi justes que fragmentaires. En ce qui me concerne, maintenant, quand je pense à l’Église, je pense à une auberge. Oui! Oui! L’Église-auberge.

Depuis les Pères de l’Église, l’Église est perçue comme auberge, en particulier dans la parabole du bon Samaritain (Luc 10).

Le Samaritain c’est Jésus, le Christ. Le blessé, presque mort sur la route, c’est l’humanité. L’Auberge et son aubergiste c’est l’Église dans la pluralité de son image; mais avant tout, c’est chacune et chacun d’entre nous. C’est cette « grille de lecture » que nous fait découvrir Guy Luisier, dans son livre L’Église auberge. Lettre au Seigneur Samaritain publié chez Desclée de Brouwer, récemment.

À pas mesurés, l’auteur nous fait découvrir les lettres qu’un vieil aubergiste en péril – ça peut être vous ou moi – a jetées à la mer du temps, vers Jésus, Seigneur du ciel et de la terre. Il s’agit de vingt-cinq lettres que l’aubergiste adresse au Seigneur Samaritain pour lui parler de l’humanité blessée dont il l’invite à prendre soin.

Une rencontre

Tout d’abord, une rencontre exceptionnelle : « Pas un mot. Juste les gestes bien faits, habituels à ceux qui vont par les routes et les auberges … Je n’oublierai jamais ces yeux-là. Ils hantent mes nuits épuisées, ils accompagnent mes jours, dit l’aubergiste au Seigneur. »

Une rencontre marquée par le mot choix. Eh oui, pour aimer il faut choisir.

L’amour universel de l’humanité passe par l’amour particulier offert à une personne.

L’amour universel de l’humanité passe par l’amour particulier offert à une personne sur laquelle on pose un regard bienveillant. Avant tout, c’est que Dieu pose sur nous ce regard de bienveillance. L’aubergiste doit reconnaitre qu’il est choisi. Une rencontre est, à la fois, un hasard, un concours de circonstances et un choix. « Il fallut que tu t’arrêtes chez moi! Tu m’as choisi ».

Cette petite phrase marque et rythme toute notre vie; elle donne le ton à toute notre vie.

Tu étais sympathique

Et puis, il y a une joie. « Tu étais sympathique ». Dieu est sympathique; sa révélation en Jésus-Christ est sympathique: « Tu parlais juste et je comprenais ce que tu disais. C’était droit, simple. À chacun de tes mots il y avait comme quelque chose en moi qui s’ouvrait et s’éclairait; une grotte qu’une lampe éclairait et qui s’ennoblissait ». Voilà ce langage simple et droit que l’aubergiste va apprendre tout au long de sa vie et qu’il nous apprend à notre tour à travers vingt-cinq lettres.

Une vie droite et simple remplit notre cœur de gratitude et de joie, mais pas de tranquillité.

Si j’avais voulu être tranquille

Comme le dit l’aubergiste : « Je voudrais devenir un aubergiste tranquille. Tranquille simplement. Si j’avais su… Si j’avais voulu être tranquille, jamais je n’aurais dû faire ce métier. Jamais je n’aurais dû accueillir les Samaritains qui font je ne sais quel voyage avec je ne sais pas quel chargement ». C’est pour nous dire que la vie avec Dieu n’est pas une vie de tranquillité, mais de cheminement, de déplacement.

c eglise aubergeEt là … un enfant est né, et cet enfant s’appelle Espérance. C’est la fille de l’aubergiste. C’est l’enfant qui nait dans la vie de tout croyant. On y perçoit une touche d’amour.

Chaque lettre se termine par une demande. Elle commence par « Quand tu reviendras, n’oublie pas d’apporter les pièces que tu m’as promises avant de partir. L’or n’est pas éternel. Ma maison est la tienne. Je reste ton ami… »

Quelle sera la demande de la dernière lettre? Je vous laisse le découvrir en lisant cet échange épistolaire.

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L’Églie auberge. Lettre au Seigneur Samaritain, par Guy Luisier, aux éditions Desclée de Brouwer, 2016, 112 pages.

À propos de l'auteur

Édouard Shatov, a.a.

Edouard Shatov, jeune prêtre Augustin de l'Assomption, d'origine russe et issu d'une famille orthodoxe. Directeur du programme pastoral au Montmartre, à Québec.

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