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La vraie zone grise

Photo: Pixabay
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Un texte de Rébecca Bélanger

C’est bien connu – n’en déplaise aux luttes dites « féministes » du dernier demi-siècle –, l’affirmation de l’enfant en bas âge passe par certains stéréotypes; ils sont essentiels pour le développement de son identité.

En parcourant le cursus du nouveau programme d’éducation sexuelle dans les écoles primaires, je suis pourtant restée plus qu’indignée.

Ce qui me dérange le plus, ce n’est pas encore une fois la conception hygiéniste et préventive de la sexualité, mais d’abord et surtout cette vision de l’esprit et du corps comme étant indépendants l’un de l’autre (dualisme). C’est la pierre d’assise de l’argumentaire menant à reconnaître que des esprits féminins se retrouvent parfois malencontreusement dans des corps masculins et vice-versa.

L’exception est maintenant devenue la règle et les parents autrefois considérés comme des alliés dans l’éducation de leur progéniture sont maintenant devenus les ennemis du discours ambiant. L’école se chargera, dès la maternelle, de prendre leurs enfants par la main pour leur insérer dans le cerveau cette idéologie déguisée en doctrine.

Un esprit sain à côté d’un corps sain

D’un côté, la société ne cesse de promouvoir un esprit sain dans un corps sain. Et de l’autre, elle proclame haut et fort l’indépendance entre le corps et l’esprit, et ce, sans parler de l’âme.

Si mon corps est détaché de mon esprit, pourquoi existe-t-il ? Il n’y aurait aucune raison d’en prendre autant soin. Il n’a que faire de sa propre satisfaction car, réduit à sa substance seule, il n’est qu’animal, matériel. Et pourtant, toutes ces photos, ces selfies et ces tendances qui le mettent au premier plan comme s’il était le reflet, non seulement de l’apparence, mais de l’identité!

L’abîme entre la réalité et les idées se creuse toujours plus. Nous assistons à une réflexion virtuelle sur la vie et non sur ce qu’elle est en soi.

C’est à croire que même les évidences doivent être argumentées. Absurde, non ?

Laisser les enfants être des enfants

Arrêtons de mettre dans la bouche des enfants des préoccupations qui ne sont pas les leurs.

Eh oui, ma fille de 5 ans aime le rose. On pourrait parfois même croire qu’elle n’a que ce mot à la bouche. Ce penchant, bien souvent, m’énerve quelque peu – il semble que je sois allée à la bonne école. Son frère, qui a pourtant accès au même éventail de jouets, ne voit pas quant à lui toujours la vie en rose. Ils jouent chacun à leur façon avec les couleurs qui leur sont propres, c’est-à-dire avec leur personnalité distincte.

L’un est un garçon, l’autre est une fille. Il faut bien se l’avouer, la masculinité et la féminité jouent dans la balance de notre être. Réduire leur affirmation à de simples conventions genrées – comme les pros du discours se plaisent à le dire – serait, semble-t-il, assez simpliste.

Je ne crois pas que de laisser mes enfants grandir dans un univers aseptisé, nuancé de gris, les aiderait à affirmer leur moi profond.

On parle de zone grise, de laisser évoluer l’enfant en lui donnant le choix sans le confiner dans un genre. Drôle d’affirmation! Je ne crois pas que de laisser mes enfants grandir dans un univers aseptisé, nuancé de gris (puisque toute autre couleur serait discriminatoire), les aiderait à affirmer leur moi profond.

Bien au contraire, ils sont des êtres dotés d’intelligence, de sensibilité, et sauront tôt ou tard s’affirmer bien au-delà du rose ou du bleu.

Peut-être, comme l’affirme la sexologue et philosophe Thérèse Hargot, n’est-ce qu’un passage de l’enfance vers l’adulte. Passage lors duquel l’enfant recherche plus que toute autre chose la confirmation de son identité : soit l’approbation dans le regard de ses parents. Rester coi devant cet être en quête de cette confirmation le gênerait plus, sinon totalement dans le développement de sa personne.

L’angoisse de l’auto-engendrement

Faut-il s’étonner de voir lanxiété s’étendre chez les jeunes, alors que le mythe de l’individu auto-engendré prolifère?

L’enfant sera tôt ou tard capable de s’affirmer pour autant qu’il ait eu un modèle. Nous sommes des êtres sociaux: je ne connais rien de neutre dans les relations, quelles qu’elles soient. Pourquoi alors prétendre qu’il devrait évoluer au sein de la société de façon neutre et non affirmée comme être sexué ?

Concrètement, cette idéologie ne vaut rien.

Dès la naissance, un enfant sera confiné dans un monde certain; il sera chéri et élevé par des parents qui choisiront pour lui ce qu’ils pensent être le mieux, et ce, sans parler de la culture au sein de laquelle il évoluera.

Voilà comment les choses se passent dans le concret.

Arrêtons de considérer les enfants comme un prolongement de notre propre pensée ou, pire encore, de nos propres aspirations, aussi empreintes de « neutralité » soient-elles !

Elle est peut-être là la vraie zone grise, celle qui est aussi nécessaire que bénéfique : laisser un enfant évoluer au sein des conventions dites genrées.

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