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«La troisième voie»

Photo: Renee Fisher (unsplash.com / CC).
Photo: Renee Fisher (unsplash.com / CC).
Écrit par James Langlois

Les thérapies de conversion sont, depuis quelques mois, au pilori de l’actualité médiatique et cinématographique. La publication d’un mémoire de l’Alliance Arc-en-ciel, en mai dernier, et la sortie récente des films Boy Erased et Come as You Are ont sans doute suscité ce reportage des médias de Québecor sur le même sujet.

Détrompez-vous! Il ne s’agit pas de thérapies cherchant à convertir quelqu’un à une religion (enfin presque), mais de différentes séances, allant de l’exorcisme à la psychothérapie, visant à changer l’orientation sexuelle d’une personne.

Appuyé sur des témoignages et sur une critique de l’Ordre des psychologues du Québec, le mémoire de l’Alliance Arc-en-ciel arrive à la conclusion suivante: « les pratiques de réorientation sexuelle exposent les personnes LGB à des conséquences néfastes sur les plans cognitif et social » (p.22).

L’enquête sur la présence de ces thérapies au pays a dressé le portrait de cinq organisations/personnalités faisant la promotion d’une « guérison » ou d’une « conversion » possible pour les homosexuels voulant (re)devenir hétérosexuels. Non sans surprise, ces organisations et les personnes qui les représentent évoquent toutes plus au moins leur foi chrétienne protestante.

Pas d’amalgame

Je me réjouis que mon Église ait été, pour une fois, exclue de ces approches controversées. On lui accole déjà trop souvent l’étiquette d’homophobe (et parfois avec raison). En tant que catholique, je suis mal à l’aise avec l’image du christianisme que projettent ces organisations.

N’empêche qu’il n’en a pas fallu davantage pour que ce soit « la religion » qui soit montrée du doigt – notamment, à l’émission Médium large.

Entre certaines églises protestantes qui pratiquent l’exorcisme pour délivrer des personnes du démon de l’homosexualité et l’Église catholique qui propose une vision précise de la sexualité humaine, il y a quand même une marge. Même s’il existe bien des catholiques qui ont démontré une attitude méfiante, voire haineuse à l’égard des personnes ayant des attirances homosexuelles, l’Église écrit, au #2358 du catéchisme :

Un nombre non négligeable d’hommes et de femmes présentent des tendances homosexuelles foncières. […] Ils ne choisissent pas leur condition homosexuelle. Ils doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste.

Anthropologie chrétienne pour les nuls

À vrai dire, dans la vision catholique, l’hétérosexualité, de même que l’homosexualité, n’existe pas. Remarquez que le catéchisme parle de tendances homosexuelles et non d’homosexuels, de gais ou de lesbiennes.

Ces mots n’existaient pas d’ailleurs au temps où les textes bibliques ont été écrits. Les Écritures parlent plutôt de sodomites, de personnes pratiquant la sodomie.

Selon Michel Foucault, le terme homosexuel a fait son entrée dans le langage au 19e siècle pour désigner des personnes, et ce, afin de remplacer sodomite qui renvoyait davantage aux actes. Ce changement conceptuel peut induire une réduction de l’identité de la personne à son attirance sexuelle et, par conséquent, ne plus la dissocier de ses actes : « Nous sommes la somme de nos actes », disait malheureusement Sartre, dans la même veine.

L’Église catholique se refuse à réduire les gens à leurs actes et encore moins à leurs inflexions sexuelles.

L’écueil, pour celle-ci, n’est donc pas tant que quelqu’un ait des sentiments pour une personne de même sexe; c’est plutôt les pratiques qui en découlent. Ces différentes pratiques, dissociées de leur dimension unitive et procréative, conduisent ultimement à ce que le corps de l’autre soit utilisé pour se procurer un plaisir génital. En ce sens – et cela est aussi vrai pour les couples homme-femme –, elles ne sont pas considérées, pour l’Église, comme des actes sexuels conformes aux buts du corps humain et à sa sexualité.

Alors comment les personnes aux tendances homosexuelles peuvent-elles vivre et manifester leur amour sans génitalité? N’est-ce pas là une injustice? La question est légitime, mais tout est dans le sens que l’on donne à l’amour et à la sexualité.

Ni blanc ni noir

Il y a une confrontation entre, d’un côté, certains mouvements sociaux qui cherchent à faire valoir l’homosexualité comme une réalité intrinsèque de la personne et, de l’autre, d’autres groupes (majoritairement religieux) qui font de l’hétéronormativité leur cheval de bataille avec une attitude parfois agressive et méprisante.

Aucun de ces camps n’est à l’abri du militantisme rigide et idéologique.

Dans ces circonstances, je comprends tout à fait que les personnes expérimentant des tendances homosexuelles choisissent le combat de l’affirmation et de la normalisation de leur réalité. Mais, à mon sens, c’est ce faux dilemme sur la conception de l’être humain qui crée la division et la polarisation des identités. On préfèrerait sans doute que la réalité soit manichéenne, binaire, qu’il y ait les bons et les méchants, mais ce serait représenter faussement la condition humaine.

La troisième voie que propose l’Église catholique ne se situe ni d’un côté ni de l’autre, parce qu’elle se refuse à réduire les gens à des attirances sexuelles.

La troisième voie que propose l’Église catholique ne se situe ni d’un côté ni de l’autre, parce qu’elle se refuse à réduire les gens à des attirances sexuelles. Si la genèse de ces attirances, exclusives ou prédominantes, reste largement inexpliquée, c’est peut-être parce que la personne est avant tout un mystère qui se doit d’être abordé comme tel, c’est-à-dire dans toute la complexité de son histoire.

C’est d’ailleurs ce que le pape François a voulu dire en référant à l’usage de la psychiatrie pour « comprendre les choses ». Cela fait aussi écho à son « qui suis-je pour juger? ». Les chrétiens, et a fortiori les catholiques, sont invités à suivre l’exemple du Christ qui a accueilli, aimé et accompagné toutes les personnes qui se sont présentées à lui.

Il ne s’agit pas de dire que tout est relatif. Il nous apparait évident que certains actes sont davantage porteurs de vie que d’autres. Mais il est plutôt question ici d’accepter humblement qu’il y a des éléments qui nous échappent dans cette réalité complexe, changeante qu’est la sexualité humaine.

Et que celle-ci ne saurait se réduire ni à des choix ni à des catégories déterminées une fois pour toutes.

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Pour aller plus loin:

https://www.devenirunenchrist.net/groupe-de-quebec.html

Desire of the Everlasting Hills (avec sous-titres français)

The Third Way: Homosexuality and the Catholic Church (anglais seulement)

À propos de l'auteur

James Langlois

James a étudié l'éducation, la philosophie et la théologie. Son cursus témoigne de ses nombreux champs d’intérêt, mais surtout de son désir de transmettre, de comprendre et d'aimer. Il est rédacteur en chef adjoint au Verbe depuis juin 2016.

7 Commentaires

  • James,
    Merci pour ton article nuancé, documenté et éclairant qui témoigne d’une profonde réflexion. Je suis d’avis que nous devons toujours, comme tu le fais ici, rectifier avec douceur et respect les propos malheureux, trop souvent méprisants pour l’Église et véhiculés dans l’opinion publique assoiffée d’amalgames hâtifs. Merci !
    Louise

  • Votre article, tout de nuances, arrive à point. J’ai également visionné le vidéo « The Third Way, Homosexuality and the Catholic Church » qui offre un portrait signifiant des personnes ayant des tendances (une affection) pour les personnes de même sexe et qui cherche à comprendre les raisons et les motivations qui les poussent à agir ainsi. C’est une leçon pour nous tous qui jugeons trop rapidement le comportement des personnes qui sont différentes de nous. Cela me rappelle des efforts de Jean Vanier avec les personnes atteintes d’un handicap mental, habituellement (et trop souvent) exclues d’une société formatée sur le paradigme de la performance, du rendement, de l’image de soi-même et des autres. La différence peut faire peur au risque de vouloir condamner l’autre, voire le supprimer, mais elle peut être aussi une occasion d’entrer en relation avec l’autre et de faire un bout de chemin ensemble. André.

    • Merci M. Larose d’avoir pris part à cette réflexion. Je trouve intéressant que vous parliez d’une affection plutôt que d’une tendance.

  • Merci pour la réflexion. Pour ma part, je me demande toujours pourquoi des catholiques cautionnent l’enseignement selon lequel les actes homosexuels sont intrinsèquement désordonnés tout en refusant le caractère peccamineux d’autres réalités comme la fornication (accepté dans la cohabitation avant le mariage), l’adultère (accepté avec les divorcés-remariés), la contraception et la masturbation. Nous, les catholiques, sommes devenus hypocrites et en se cassant la tête seulement avec l’accueil des homosexuels et des divorcés remariés (avec Amoris Laetitia) et sans revenir à une pastorale de la culpabilité, accueillons les gays mais consolons-les en leur rappelant qu’ils ne pas les seuls pécheurs dans l’Église.

      • Je tire ce constat sur la préoccupation pastorale ambiante qui est faite sur l’accueil des personnes avec des orientations sexuelles. Pourquoi, par exemple, dans les paroisses il y a des groupes pour les catholiques « gais » mais il n’y a pas de groupes de catholiques de jeunes adultes vivant ensemble sans être mariés? Pourquoi dans les blogues catholiques, on ne parle plus de la fornication et de la masturbation? Cela dit, j’avoue que mon assertion est peut-être trop généralisé.

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