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La liberté religieuse menacée

Andrew Bennett
Photo: Grandin Media

Un texte de Andrew Ehrkamp*

L’ancien ambassadeur pour la liberté religieuse, qui luttait autrefois contre les persécutions religieuses outre-mer, affirme que les changements apportés au programme d’Emplois d’été Canada violent les droits de tous les Canadiens.

Le Révérend père (1) Andrew Bennett Ph.D, aujourd’hui diacre dans la communauté ukrainienne-catholique d’Ottawa, sonne l’alarme concernant les nouvelles restrictions controversées s’imposant aux candidats du programme d’Emplois d’été Canada. Il avertit que ces changements transgressent les droits fondamentaux de tous les Canadiens, et pas seulement les croyants.

«Nous devons être inquiets en tant que Canadiens parce que, peu importe quelles sont nos positions dans le débat sur l’avortement, les questions de genre ou de mariage, nous devrions défendre la liberté d’expression», a dit Bennett dans une entrevue exclusive avec Grandin Media.

Les Canadiens de tous les profils religieux, de tous les systèmes de croyances, doivent se lever et dire ‘Ça suffit!’. Le gouvernement ne peut pas dicter ce que les Canadiens devraient ou ne devraient pas croire pour avoir accès à quelque programme du gouvernement que ce soit.»

Andrew Bennett avait été nommé par le précédent gouvernement conservateur comme tout premier ambassadeur pour la liberté religieuse au Canada, un bureau qui avait comme mandat de conseiller les pays en développement. Il a servi pendant trois ans, jusqu’en 2016, lorsque le bureau a été aboli par le gouvernement libéral du premier ministre Justin Trudeau.

C’est ce même gouvernement qui demande à présent aux candidats faisant une demande au programme d’Emplois d’été d’attester que les orientations principales de leur employeur et de l’organisation pour laquelle ils désirent travailler supportent «le droit d’avoir accès à des avortements légaux et sécuritaires» et les droits, interprétés à la manière du gouvernement, qui «concernent les orientations sexuelles et les identités de genre.»

Des restrictions antidémocratiques

La Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) s’est ralliée à la Fraternité Évangélique du Canada (EFC), au Conseil canadien de la charité chrétienne (CCCC) et à d’autres organisations dans une riposte contre cette politique qui a été annoncée juste avant Noël. Les mises en candidature pour les subventions aux emplois d’été se terminent le 2 février. Si l’attestation n’est pas approuvée, la candidature sera considérée comme incomplète et sera écartée.

Cette semaine, le premier ministre Justin Trudeau a affirmé, à l’Hôtel de Ville d’Hamilton, que les groupes religieux devraient tout de même soumettre leur candidature pour le programme, les désignant comme «une part merveilleuse et importante de notre société».

Toutefois, il a rajouté que les groupes dont «le but explicite est de restreindre le droit des femmes à l’avortement et le contrôle de leur propre corps» ne sont pas «rendus là où en est le gouvernement, et honnêtement, où nous sommes en tant que société.»

Ces restrictions sont inacceptables dans toutes démocraties libérales qui se targuent d’être pluralistes.

Mais le diacre Andrew Bennett avance que ces restrictions sont inacceptables dans toutes démocraties libérales qui se targuent d’être pluralistes.

«Ce que nous constatons effectivement dans cette présente initiative du gouvernement fédéral est ni plus ni moins qu’une limite flagrante à la liberté d’expression et, par extension, à la liberté religieuse», a affirmé Bennett, lui qui est maintenant le directeur du programme de droit à Cardus, un think tank chrétien basé à Hamilton.

Les candidats au programme canadien d’Emplois d’été pourraient être opposés à la pensée du gouvernement quant à l’avortement ou l’identité de genre, a-t-il dit, et «ce que le gouvernement veut faire, c’est forcer les gens à avoir une opinion politique, de cocher ou de ne pas cocher une case, et cela s’appelle effectivement «un test religieux».

Le ministre de l’Emploi, Patty Hajdu, avait dit que le gouvernement fédéral travaillait de près avec les groupes de croyants qui postulaient au programme «afin de vérifier qu’ils comprenaient cela, dans la mesure où leur mandat d’organisation n’est pas en contradiction avec la chartre canadienne des droits humains et la chartre des droits et libertés et qu’il ne s’oppose pas au droit ultime de la femme de contrôler son corps».

Toutefois, Andrew Bennett affirme que «le rôle du gouvernement n’est pas de déterminer le type d’opinion éthique, morale et religieuse que les Canadiens devraient adopter.»

«Un gouvernement qui cherche à contraindre l’aptitude des gens à s’exprimer, qui cherche à contraindre un ensemble d’individus qui partagent la même foi, qui pratiquent la même foi, n’est rien d’autre qu’un gouvernement totalitaire.»

Il perçoit cette controverse reliée au programme d’Emplois d’été du Canada comme un premier mouvement vers un ensemble de valeurs déterminé par le gouvernement fédéral et loin d’une diversité incluant les gens de foi.

«Ils disent que nous devons souscrire aux droits tels que présentés dans la Chartre et ainsi qu’aux valeurs qui la soutiennent. Bien, mais qui a établi ces valeurs? C’est sujet à de sérieux débats.»

Comme diacre catholique, Andrew Bennett accepte la définition traditionnelle du mariage et de l’identité sexuelle. Toutefois, il considère qu’il est «inacceptable» de persécuter les autres en raison de leurs valeurs différentes.

Un appel au dialogue

«Ce dont nous avons besoin dans notre société c’est le dialogue. Nous avons besoin de débattre. Et ce débat a besoin d’être constamment orienté par la charité et par le désir de reconnaitre la dignité de l’autre personne.»

Quelques cas de liberté de conscience sont présentement devant les tribunaux : l’un concerne le Collège des médecins et des chirurgiens de l’Ontario sur le problème de l’avortement et de l’euthanasie, et l’autre, l’École de droit de l’université Trinity Western qui demande aux étudiants de signer une entente communautaire affirmant que tous les comportements sexuels doivent être réservés au mariage traditionnel.

Il y a aussi de constantes critiques de contribuables subventionnant des écoles catholiques et des organisations de santé, mais Andrew Bennett affirme que les arguments sont construits sur une «logique faible».

«Plusieurs contribuables dans ce pays sont catholiques. Plusieurs contribuables dans ce pays sont juifs. Plusieurs contribuables dans ce pays sont musulmans, et ceux-ci ont tous les droits que ces institutions soient supportées par leurs taxes.»

La controverse actuelle est, pour Andrew Bennett, un appel à l’action. Selon lui, les gens de foi ne savent pas comment vivre une «solide liberté religieuse» et il espère que les membres des différentes communautés se rappelleront l’importance de cette liberté et sa relation avec la démocratie elle-même.

«Notre baptême exige que nous vivions notre foi publiquement… Ce n’est pas parce que le parlement vote une loi, qu’il modifie une loi, que ça devient vrai parce que c’est légal. Si les règles législatives violent la loi morale, c’est notre devoir comme catholique de ne pas leur obéir.»

___________

*Ce texte a d’abord été publié en ligne dans le média albertain Grandin Media sous le titre «Religious freedom under threat» (22 janvier 2018) et a été traduit de l’anglais par James Langlois.

(1) Dans le rite gréco-catholique, dont l’Église ukrainienne fait partie, il est de la tradition que les diacres soient vêtus d’un habit ecclésiastique et qu’on les appelle «père».

 

À propos de l'auteur

Collaboration spéciale

Il arrive parfois que nous ayons la grâce d'obtenir un texte d'un auteur qui ne collabore habituellement pas à notre magazine ou à notre site Internet. Il faut donc en profiter, pendant que ça passe!

3 Commentaires

  • P-E Trudeau puis son fils nous entraînent dans l’absurdisme marxiste où tout sens est inversé, façon Orwell.
    L’expression « droit des femmes à disposer de leur corps » veut faire croire que le « droit à » l’avortement serait pour les femmes enceintes une conséquence des principes libéraux, c’est-à-dire de droit naturel, en l’espèce la propriété de leur corps.
    Or c’est exactement le contraire, tout avortement viole la propriété.
    En effet le propriétaire d’un lieu est responsable de ce qui s’y passe: Lorsque vous accueillez des visiteurs chez vous, bien loin d’avoir le droit de les tuer, vous devez assurer leur sécurité. Vous avez même contracté des assurances à cet effet. C’est en conséquence de cette responsabilité que le propriétaire a le droit et le devoir d’exclure de sa propriété tout objet, personne, acte ou propos qu’il récuse.
    Mais si ses raisons ne sont pas discutables, les moyens le sont, en fonction du contexte.
    On ne peut évidemment pas tuer un invité pour avoir tenu des propos qu’on juge inacceptables.
    On ne peut chasser un individu, même un intrus, de sa propriété sans tenir compte des risque encourus par lui. Le capitaine d’un bateau doit ramener son passager à bon port avant de lui demander de débarquer; même clandestin, le passager ne peut être jeté par-dessus bord à moins de circonstances extrêmes.
    Un foetus dans le ventre de sa mère n’est pas un intrus, puisque c’est par un acte de ses parents qu’il s’y trouve; ni, évidemment, coupable d’aucun acte ou propos qui puisse justifier sa mise à mort. Sa mère lui doit donc protection et l’avortement est un meurtre.
    Autre principe libéral, son père, responsable à 50% de sa situation, doit en assumer la moitié des conséquences, c’est-à-dire notamment pourvoir à tous les besoins de sa mère en regard à la grossesse.
    Enfin, les tiers n’ayant rien à voir avec l’acte dont la grossesse résulte, ne sont tenus à rien. Tout « droits à » est une forme d’esclavage, c’est-à-dire une spoliation de propriété dont les victimes sont désignées à l’avance.
    Le « doit à l’avortement » est donc entièrement contraire au principe de propriété: Il n’est pas libéral mais, bien au contraire, socialiste. Il n’y a aucune opposition entre principe de propriété (ou droit naturel) et charité. Il y a contradiction entre tout cela et le socialisme, la religion de Justin Trudeau.
    Or le concept de loi naturelle a pour contraire l’arbitraire et le totalitarisme.
    En effet s’il n’existe pas de loi naturelle, c’est que toute loi est inventée, et qu’il n’y a pas lieu de débattre (puisqu’il n’existe pas de vérité à découvrir) mais de se battre pour vaincre et soumettre.
    Et un pouvoir arbitraire ne saurait évidemment se reconnaître borné.
    On comprend dès lors que le christianisme, avec sa séparation entre ce qui revient à Dieu et ce qui revient à César, soit persécuté en particulier.
    Il reste les arguties quant à l’humanité du foetus, voire son caractère d’être vivant, qui relèvent de l’obscurantisme et tire parti de ce qu’il n’est pas visible. Les socialistes vous diront que le foetus est un « amas de cellules »: Plus précisément, c’est un organisme humain vivant, et tant qu’à mentir par imprécision, pourquoi ne pas parler d’amas de molécules organiques, voire de molécules, voire d’atomes ?

    • Pourquoi ne vous présenteriez-vous pas à une émission de Denis Lévesque sur LCN pour dénoncer cette pratique abusive du gouvernement Trudeau ?

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