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La fausse ouverture de Justin Trudeau

Trudeau
© Francis Denis
Écrit par Francis Denis

Depuis quelque temps déjà, une polémique fait rage, surtout au Canada anglais, concernant la volonté mise de l’avant par le gouvernement libéral de Justin Trudeau de bannir du programme de subvention pour les emplois d’été tous les groupes ayant des affiliations pro-vie. Nous le savons depuis longtemps, le catholicisme de Justin Trudeau ne dépasse pas les limites de la doxa « progressiste ».

Alors même qu’il était dans la course à la chefferie, il avait affirmé sa volonté ferme d’exclure tous les candidats pro-vie de son parti, politique qualifiée par certains «d’erreur de jeunesse» (12 :50) . Cette position maladroite revient aujourd’hui comme un boomerang: sa position de premier ministre l’oblige à assumer, définir et défendre ce que plusieurs considèrent comme une position intenable.

Pour moi, cette attitude intransigeante ne fait que manifester l’ignorance dont font preuve ceux qui considèrent qu’il «n’y a plus de débat sur l’avortement au Canada». Dogmatisme qui obscurcit le débat à tel point qu’on en arrive à d’énormes contradictions.

La descente d’une image 

Depuis le début de sa carrière politique, Justin Trudeau fait l’apologie du dialogue, de la tolérance et de l’acceptation. Sa volonté ferme de mettre de l’avant une vision inclusive du Canada lui a valu une réputation d’homme faible et naïf. À son corps défendant, je crois qu’il sait que cette attitude projette une image mièvre de sa personne. Image dont profitent allègrement les caricaturistes. Tel est pour lui le prix à payer pour sa fidélité aux principes qui lui sont chers. Malheureusement, tous ces sacrifices peuvent aujourd’hui céder le pas à une image d’un homme inflexible, arrogant, fermé au dialogue et prêt à tout pour imposer son idéologie.

Loin des tactiques déstabilisatrices de son homologue américain, Justin Trudeau a toujours voulu présenter l’image d’un homme serviable et diplomate. Alors que son gouvernement est en pleine négociation commerciale avec les États-Unis, d’aucuns ont vu dans la retenue du premier ministre une volonté de ne pas mettre de pression inutile sur les pourparlers.

Sachant que ces négociations seront, sans contredit, la pierre angulaire de sa réélection, Justin Trudeau devrait véritablement se soucier de ses propres politiques intérieures pouvant lui valoir de la part de nos voisins du sud de graves reproches sinon des accusations. Que ce soit par le récent discours de Donald Trump lors de la Marche pour la vie ou par l’annonce de faire du 22 janvier la Journée nationale de la sacralité de la Vie, c’est un euphémisme de dire que les pro-vie ont la cote actuellement à Washington.

À l’heure où le climat dans la capitale américaine n’a jamais été aussi favorable à la reconnaissance des droits des enfants à naître, le premier ministre Trudeau devrait refroidir cette «patate chaude» qui pourrait, indirectement, lui coûter sa réélection.

Défendre la science jusqu’au bout

Une autre priorité du gouvernement Trudeau était la supposée volonté de remettre la science au centre des délibérations gouvernementales. Les médias, ayant souvent mis au banc des accusés son prédécesseur, il était aisé pour lui d’apparaître comme le défenseur du savoir contre l’obscurantisme. Cette décision de bannir les groupes pro-vie brise ce qui semble aujourd’hui n’être qu’un écran de fumée. Que la question centrale du débat sur la protection juridique de l’embryon soit celle de savoir si oui ou non la dignité humaine apparaît à la conception ou à la naissance, même l’humoriste Louis-José Houde l’a compris.

Or, à cette question, la science apporte des faits importants que l’on ne peut passer sous silence.

Comment donc une politique d’exclusion comme celle du gouvernement libéral peut-elle ne pas être perçue comme n’ayant aucun égard pour la science expérimentale ?

Y a-t-il un individu génétiquement distinct de la mère dès la conception ? La génétique moderne nous dit oui. La sensibilité apparaît-elle avant la naissance ? La science nous dit oui. L’enfant à naître peut-il entrer en relation avec sa mère avant la naissance ? La science nous dit oui . Que l’on soit pour ou contre l’avortement, il est évident que de tels arguments scientifiques fondent rationnellement l’option de la sacralité de la vie dès la conception. Comment donc une politique d’exclusion comme celle du gouvernement libéral peut-elle ne pas être perçue comme n’ayant aucun égard pour la science expérimentale ?

Une Église à la défense des libertés civiles

Alors que Justin Trudeau se gargarise d’être le grand amant de la Charte des droits et libertés depuis son arrivée en politique, il semble que ce programme idéologique soit une fois de plus en contradiction avec ses convictions les plus intimes.

Dans un communiqué publié la semaine dernière, la Conférence des évêques catholiques du Canada affirmait que cette politique était une «violation évidente et regrettable de la liberté de conscience et de religion […] tentative d’étouffer la voix des communautés religieuses dans la démocratie canadienne et de limiter leur participation sur la scène publique.»(1)

De plus, dans une lettre ouverte publiée dans le Ottawa Sun, l’archevêque d’Ottawa, Mgr Terrence Prendergast affirmait haut et fort «qu’apparemment, les Canadiens ont la liberté d’avoir seulement les croyances et opinions approuvées par le gouvernement actuel. Qui protège notre Charte des Droits et Libertés dans cette situation ?» (2) Certainement pas le gouvernement de Justin Trudeau…

Devant l’absence totale d’écho de cette polémique dans les médias québécois, j’en conclus à l’hégémonie d’une bulle progressivo-algorithmique préférant l’isolement à l’ouverture, celle-là même dont est affecté notre premier ministre. Il y a 55 ans, Martin Luther King, accompagné de nombreux hommes et femmes de clergés catholiques, faisaient route vers Washington pour défendre leur rêve d’une société sans exclusion. Aujourd’hui encore, le clergé est au front pour défendre les droits civiques.

La question de l’avortement est une pierre d’achoppement pour tous les gouvernements. Certains l’esquivent, d’autres la prennent de plein fouet. Il semble que Justin Trudeau ait failli d’un côté comme de l’autre. Tant au niveau politique, diplomatique, juridique, économique que communicationnel.

Cette polémique laissera sans aucun doute une profonde empreinte dans l’opinion publique.

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Pour aller plus loin sur le sujet, vous pouvez écouter la chronique de Pierre Leclerc à l’émission du 19 février d’On n’est pas du monde:

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Notes

(1) http://www.cccb.ca/site/frc/salle-de-presse/declarations-et-lettres/4865-canada-summer-jobs-cccb-concerns-and-statement

(2) http://ottawasun.com/news/local-news/prendergast-the-freedom-to-hold-beliefs-as-long-as-they-are-the-governments

À propos de l'auteur

Francis Denis

Francis Denis détient un baccalauréat en philosophie et une maitrise en théologie de l’Université Laval. Il a également obtenu un baccalauréat en théologie de l'Université pontificale de la Sainte Croix à Rome. Il est actuellement journaliste et producteur à la Fondation catholique Sel et Lumière média et directeur de la production du bureau de Montréal.

1 commentaire

  • Je m’étonne encore qu’il n’y aie pas plus de croyants (catholiques) capables de voir que le but de PLC est de semer la confusion pour des fins simplement électorales. Tout pour obtenir des votes. Le Premier Ministre Trudeau n’est que le porte-parole du parti. Un peu comme un GND sénior.

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