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Joseph, deux fois notre père

Georges de La Tour, saint Joseph charpentier, autour de 1645 (Wikimedia - CC)
Georges de La Tour, saint Joseph charpentier, autour de 1645 (Wikimedia - CC)

Ô Joseph, deux fois notre père !

Protecteur de l’Église et Patron du Canada.

Âme silencieuse et humble, docile au Verbe de Dieu.

 

Premier martyr de ton Fils,

Frappé dans ton honneur d’homme par sa Venue incongrue.

Dans la solitude et l’incompréhension, tu précèdes les fidèles,

les guidant dans le crépuscule de la Nuit obscure.

 

Prémice de la foi,

ton âme, tel un champs rêche labouré par la charrue et la bêche,

fut sillonnée de doutes et d’amertumes.

Pour son Œuvre de Salut, Dieu voila à ton sens son immense dessein.

 

En proie aux combats virils de ton mariage,

face au Scandale de ta jeune fiancée,

les yeux cernés tu passes tes nuits à tergiverser.

 

Tu émoussas ton esprit en de longues veilles,

nous apprenant la vie intérieure et cachée de l’homme de bien,

loin de la fontaine publique et de ses commérages,

loin du banc des moqueurs et des ragots de vieilles filles.

 

Et puis, épuisé de fatigue, enfin tu t’endors,

après avoir arrêter ton jugement quant à Marie,

triste et déçu tu te résous à la renvoyer, sans bruit ;

tel est l’accord entre ta justice et ton honneur.

 

Et voilà, qu’en songe, l’Ange du Seigneur te rend visite,

renverse ton jugement, te dévoile le mystère de Sa divine Volonté :

« Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme :

car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint ».

 

Sous ta garde, sous tes soins et ta vigilance,

c’est Dieu même dans cet Emmanuel qui t’est confié.

Tes mains rudes de Maître-Artisan serviront de refuge

à l’Avènement du Dieu Tout-Puissant dans le sein virginal de ta femme.

 

Dans le recueillement et l’obéissance,

tu accueilles la Mère, adopte le Fils,

tu chambardes l’antique tradition, car en ta personne,

c’est l’humanité elle-même qui trouve sa véritable mesure.

 

Loin d’être poltron et couard, niais et douillet,

tu conjuguas à la dure discipline de ton art,

un esprit doux et éclairé, un cœur pur et vaillant,

ainsi qu’une incessante confiance en Dieu.

 

Des bas-fonds ingrats de Bethléem jusqu’à l’exil en Égypte,

tu étais le guide fort – et ô combien indispensable –

de la sainte Famille, fragile et étrangère.

 

Charpentier, tu fus le protecteur du Roi de Gloire et de la Reine des Cieux,

et au fond d’une grotte piteuse et sale, tu reçus en visite

les grands Rois Mages, personnages exquis et fort savants,

venus se prosterner et adorer ce bambin peu commode.

 

Sous tes yeux s’élèvera la charpente du Salut,

dont toi-même tu sus lui enseigner la Sagesse et l’Amour du travail,

pour que le Créateur des mondes, à ton école,

fasse participer à son œuvre rédemptrice le bâtisseur comme le pêcheur.

 

Tu as été témoin de grandes choses en Israël,

et encore aujourd’hui ta mémoire résonne et vibre jusqu’à nous.

À l’instar du patriarche biblique, bienfaiteur de ses frères,

Tu es le Gardien de notre sainte Mère l’Église.

 

Toi dont le saint nom a été très tôt lié à notre sort,

à nos terres rocailleuse, à nos immenses forêts et à nos vieilles montagnes.

Toi dont la pureté et la simplicité servirent d’assises à la Nouvelle-France.

 

Servir le Christ sous ton étendard était la fierté de nos ancêtres,

la vigueur de ton bras et la force de ton esprit soutenaient colons et explorateurs,

laïcs et religieux, hommes et femmes.

Peuple rustique et fier, offrant son patient labeur à la gloire de l’Évangile.

 

Affrontant les rigueurs de la dure nature pour édifier ce pays naissant,

La foi consumant les entrailles de l’habitant,

lui réchauffant le cœur comme aucune eau-de-vie,

cordial de vaillance contre la froidure de l’hiver.

 

Saint Joseph vous avez veillé sur notre nation

Témoin privilégié d’un peuple pieux, mais non moins pécheur,

qui souhaitait servir un plan supérieur

où la plus grand gloire surgissait des plaies de l’Amour crucifié.

 

Aujourd’hui encore nous nous tournons vers votre mansuétude,

Intercédez pour nous qui sommes loin,

Qui avons besoin de votre chaste figure paternelle

et de votre ardeur face aux tentations.

 

N’oubliez pas vos enfants canadiens, placés sous votre protection.

 

 

À propos de l'auteur

Emmanuel Bélanger

Emmanuel Bélanger quitte Québec en 2013 pour une année d’études en Israël. Après quelques mois en Terre Sainte, il joint le Séminaire Redemptoris Mater. Lecteur enthousiaste d'Aristote, de Fabrice Hadjadj, de Hans Urs von Balthasar et de Goethe, il nous livre ici ses impressions et réflexions sur le Proche-Orient, ses gens, ses couleurs, ses rites.

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