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Joseph contre les robots

Photo: Fotolia
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Un peu plus tôt cet automne, je m’asseyais avec mon fils de huit ans pour regarder avec lui ses premiers devoirs de troisième année. Ça vaut toujours la peine de prendre un peu de temps pour échanger avec les enfants sur ce qu’ils apprennent en classe…

Tant bien que mal, je tente d’appliquer dans ma vie familiale ce qui me semble être aussi un principe valable pour l’enseignement: il ne peut y avoir de transmission sans amour, sans un don. Dans cet état d’esprit, j’ouvre avec lui un joli petit manuel: L’école d’hier, l’école de demain.

Ça promet.

Évidemment, dans l’école d’hier telle qu’elle est présentée dans le petit livre, les enseignants devaient obligatoirement afficher un crucifix et une photo de l’évêque du lieu aux murs de leur classe. Imaginez… les pauvres!

Mais, croyez-le ou non, ce n’est pas ce passé-dépeint-en-teintes-de-brun-foncé qui m’a le plus fait sourciller. Le bât blesse encore davantage vers la fin du manuel.

Lorsque les auteurs nous présentent – non sans une béate approbation – l’école de demain, on y retrouve, bien entendu, des éléments de l’école d’aujourd’hui: tableaux «intelligents», liseuses électroniques, vidéosurveillance.

Un projet-pilote tellement bénéfique, nous dit-on, que les élèves interagissent avec la machine comme si c’était un «vrai prof».

Puis, un texte encadré, lumineux et complaisant rapporte que, dans certaines classes, au Japon, un robot remplace l’enseignant. Un projet-pilote tellement bénéfique, nous dit-on, que les élèves interagissent avec la machine comme si c’était un «vrai prof». On y apprend enfin que le ministère de l’Éducation nippon envisage d’élargir le programme de profs-robots à d’autres écoles au pays.

Curieux de savoir ce que mon fils en pense, avec la fausse naïveté du père désirant sonder ce que l’enfant a dans les tripes, je l’interroge. Question de savoir s’il est prêt à vivre dans un monde où la techno est vendue comme une marque de salut éternel.

— Étrange, n’est-ce pas? T’en penses quoi, Joseph? T’aimerais ça avoir un prof robot qui parle 120 langues et qui n’a pas de chouchou?

— Non.

— Pourquoi donc?

— Je ne pourrais pas l’aimer.

Conclusion: il est prêt.

À propos de l'auteur

Antoine Malenfant

Marié et père de famille, Antoine est diplômé en études internationales, en langues et en sociologie. À la tête de l’équipe de rédaction du Verbe depuis 2013 et directeur artistique de la publication, il anime chaque semaine, depuis septembre 2016, l’émission radiophonique On n’est pas du monde.

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