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Honte de quoi ?

Photo: Passant en Égypte (Fotolia)
Photo: Passant en Égypte (Fotolia)

Le Caire, Égypte. 6h50 du matin. La cafetière est sur le rond, je me prépare à célébrer la messe avec le prêtre et l’autre séminariste avec qui je suis en mission. J’ai l’idée d’aller voir mes courriels. Choc. 

Ma sœur m’apprend qu’il y a eu une fusillade à la mosquée sur le chemin Sainte-Foy, dans le quartier de mon enfance…

Je n’en crois pas mes yeux. Je vérifie sur un site de nouvelles.

Ce n’est que trop vrai.

Je fige. L’angoisse monte, la mort cerne mon âme, que s’est-il passé?

Que faire devant un mal si gratuit ?

Je me ressaisis un peu, mais toujours sonné, je continue à préparer la messe. Le prêtre arrive, la célébration débute.

Un mot de saint Paul résonne dans mes entrailles nouées : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien » (Rm 12, 21).

L’espérance est une grâce, il n’y a pas à redire. C’est aussi une vertu théologale, un pilier de la vie chrétienne. Elle permet de garder la foi et de trouver la force d’aimer; et celui qui aime est à même de vaincre par le bien.

Toute la journée durant, j’avais honte… honte de quoi?

De ma ville rendue tristement célèbre ? Honte des tueurs ? Honte de l’humanité ?

J’avais surtout honte de mon cœur de pierre, de mes pensées assassines envers quiconque me contredit…

Oui un peu. J’avais surtout honte de mon cœur de pierre, de mes pensées assassines envers quiconque me contredit, car au fond je sais bien que je ne suis pas meilleur que ces gens.

Tous les jours, des milliers de musulmans croisent mon chemin.

Devant cette réalité, je me retrouve confronté à moi-même, à mes démons; je comprends mieux le mystère de ma mission chrétienne, de ma présence ici au Moyen-Orient. Car ici, comme chez moi, le monde attend de nous un témoignage d’amour, d’un amour doux et vigoureux, qui se réjouit avec celui qui est dans la joie et qui pleure avec celui qui est dans la peine.

Aujourd’hui, de mes yeux coulent les larmes (Ps 118, 136) et mon âme est en deuil avec mes frères musulmans de Québec, je prie pour eux aussi bien que pour ceux qui ont perpétré ce crime.

Nous avons tous besoin que Dieu nous fasse miséricorde.

Que la désespérance ne nous abatte pas.

À propos de l'auteur

Emmanuel Bélanger

Emmanuel Bélanger quitte Québec en 2013 pour une année d’études en Israël. Après quelques mois en Terre Sainte, il joint le Séminaire Redemptoris Mater. Lecteur enthousiaste d'Aristote, de Fabrice Hadjadj, de Hans Urs von Balthasar et de Goethe, il nous livre ici ses impressions et réflexions sur le Proche-Orient, ses gens, ses couleurs, ses rites.

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