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Fruits de la terre

Travailleurs migrants latino-américains champ de fraises
Photo: Pixabay

Un texte de Pierre Leclerc

En cette saison estivale 2018, on recense 14 000 travailleurs et travailleuses migrants agricoles, répartis dans plusieurs dizaines de fermes maraîchères presque partout sur le territoire du Québec. Ces ouvriers agricoles travaillent en moyenne 70 à 80 heures par semaine, six jours par semaine.

Le dimanche 8 juillet dernier, ils étaient nombreux à se joindre à la 16e édition du Pèlerinage annuel des travailleurs agricoles latino-américains, célébré à l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal, sous le thème « Les fruits de la terre et du travail des hommes ».

Comme le veut la tradition, une grande variété de produits agricoles ont été déposés au pied de l’autel lors de la procession des offrandes, durant la messe en espagnol présidée cette année par Mgr Luigi Bonazzi, nonce apostolique au Canada.

Le Verbe a pu y rencontrer Michel Pilon, directeur de la pastorale sociale au diocèse de Valleyfield et membre fondateur du Réseau d’aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Québec (RATTMAQ), afin de faire le point sur la mission et les dossiers chauds de cet organisme soutenu par l’Église catholique.

Défendre les droits des travailleurs

Né en 2017 d’un regroupement de sept organisations , le Réseau est un regroupement d’intervenants, sous forme OSBL, dont la mission principale est la défense des droits des travailleurs et travailleuses (carte d’assurance-maladie, salaire minimum, santé et sécurité au travail, normes minimales de travail, visites chez le médecin, etc.).

Afin d’améliorer la communication sur le terrain, des cours de langue sont aussi offerts aux travailleurs et aux employeurs.

En mai dernier, le RATTMAQ a participé à la Commission parlementaire sur la réforme des normes minimales du travail. Grâce à ses interventions sur la question de l’hébergement des travailleurs, actuellement non-normé, d’importantes avancées ont été réalisées. Un suivi sera aussi assuré par la ministre sur la problématique des agences de placement au noir.

Afin de dissiper les préjugés et favoriser le dialogue entre travailleurs et citoyens québécois, les « fêtes des récoltes » organisées en région servent à sensibiliser, dans une ambiance simple et festive, la population locale à l’apport considérable de ces travailleurs aux économies locales et régionales.

si ces travailleurs n’étaient pas ici, leur village serait déjà mort.

« Nous avons organisé une fête à Saint-Antoine-Abbé, un village de pomiculteurs en Montérégie. Plus de 600 personnes se sont déplacées. La mairie et les employeurs ont financé l’événement avec enthousiasme et nous ont dit que si ces travailleurs n’étaient pas ici, leur village serait déjà mort. Et ce cas n’est pas unique », de raconter M. Pilon.

L’Église du Québec accueille de plus en plus ces travailleurs et travailleuses, en offrant un espace pour célébrer la foi dans leur langue maternelle, l’espagnol, au sein des paroisses. « Ces gens-là sont très pieux, et la procession des offrandes à l’autel, aujourd’hui à l’Oratoire Saint-Joseph, en témoigne », souligne M. Pilon, ajoutant qu’il puise son inspiration spirituelle personnelle dans la Doctrine sociale de l’Église.

Parallèlement, un partenariat pour le ressourcement spirituel et biblique des intervenants a aussi été mis sur pied en collaboration étroite avec l’Institut de formation pastorale des Dominicains, à Montréal.

Quel avenir pour le Réseau?

Outre le développement dans certaines régions rurales non-desservies, la priorité ira à l’amélioration générale des conditions de travail des travailleurs. Or, pour cela, il faudra avoir un meilleur accès aux installations des fermes maraîchères. Ce qui n’est pas le cas actuellement.

Michel Pilon espère donc pouvoir bientôt utiliser une partie des montants promis par le gouvernement fédéral, lors du dernier budget, pour effectuer des inspections surprises et pour la défense de droits de ces ouvriers agricoles.

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