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Cours d’éducation sexuelle : pour un dialogue constructif

Photo: unsplash.com (CC).
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Écrit par Francis Denis

Cette semaine, un tout petit livre a retenu une bonne partie de l’attention médiatique : Réflexions pour susciter le dialogue parents/enfants sur le programme Éducation à la sexualité du Ministère de l’Éducation du Québec: de la maternelle à la 3e année du primaire. Retour sur une polémique qui risque de faire couler encore beaucoup d’encre. 

L’annonce du lancement de ce livre ayant été relayée par le service des communications de l’archidiocèse de Montréal, le texte se veut un outil offert aux parents désirant en apprendre davantage sur le contenu du cours ainsi que sur les différentes options qui s’offrent à eux.

C’est d’ailleurs à cause de l’une de ces options – celle de retirer purement et simplement les enfants des cours – qu’ont surgi de nombreuses réactions de consternation, notamment chez d’influents commentateurs de l’actualité.

Un appel général au boycottage m’apparait inapproprié. Toutefois, la position excluant la possibilité même d’un retrait m’apparait aussi exagérée.

Personnellement, tant au niveau de son contenu que de sa forme, un appel général au boycottage m’apparait inapproprié.

En ce sens, la position d’octobre dernier de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec me semble légitime. Toutefois, la position excluant la possibilité même d’un retrait m’apparait également exagérée.

Il peut arriver qu’en conscience, des parents jugent que le professeur n’est pas aussi compétent qu’il devrait l’être ou qu’il enseigne des doctrines en totale contradiction avec leurs convictions les plus profondes.

Par exemple, à un niveau simplement professionnel, un physicien pourrait légitimement préférer enseigner lui-même cette matière à ses enfants. De même, un parent catholique, bien formé selon la théologie du corps de Jean-Paul II, pourrait légitimement croire qu’il est beaucoup mieux équipé qu’un professeur lambda, à fortiori lorsqu’il s’agit d’une personne mal préparée ou idéologiquement orientée. 

D’un autre côté, le risque que représentent des parents ne pourvoyant pas à leurs responsabilités fondamentales d’éducation existe également. Dans ce cas, l’absence totale d’éducation sexuelle à l’école n’est pas non plus une bonne chose. Tout n’est pas forcément aussi simple que le cirque médiatique – avec ses tendances à polariser les positions – cherche souvent à nous présenter. 

Cependant, le débat que cette publication a suscité peut nous éclairer sur plusieurs éléments fondamentaux de notre culture.

Avant toute chose, il est clair que l’Église porte le poids de son histoire. Entre un héritage indéniable et un ressentiment contre une institution perçue comme ayant abusé de la bonne volonté des gens, on comprend que la voix de l’Église compte socialement autant qu’on la craint. L’horrible et honteuse crise des abus sexuels des dernières années n’a rien pour accroitre la crédibilité de cette vieille institution. 

Un débat révélateur

Éclaircir les éléments implicites et explicites entourant le cours d’éducation à la sexualité n’est pas une mince affaire.

D’abord, il doit être dit que personne n’est contre l’éducation sexuelle en soi. Les divergences émergent plutôt des présupposés anthropologiques et des orientations pédagogiques qui en découlent.

De plus, le cours actuel n’est pas une réalité monolithique, mais dépend grandement des différents corps professoraux et des institutions scolaires qui l’enseignent. Ainsi, tant la condamnation que la canonisation du cours actuel me semblent des attitudes inadaptées à la complexité de la sexualité et de la réalité des jeunes du Québec. Tant les professeurs, les décideurs politiques, les fonctionnaires que les parents ne peuvent se permettre de s’enfermer dans leur tour d’ivoire en n’écoutant pas les craintes suscitées par le cours dans de nombreuses communautés ou les critiques légitimes et constructives.

En effet, le débat sous-jacent porte sur l’interprétation du sens de la sexualité, sur la légitimité des pratiques et sur les méthodes pédagogiques employées.

À tous ces niveaux, plusieurs opinions existent et dans un Québec pluriel, la multiplicité des positions relatives à chacune d’elles ne fera qu’augmenter. Afin d’éviter une ghettoïsation idéologique de part et d’autre et préserver le système scolaire commun bâti au cours de nos 400 ans d’histoire, il est plus qu’urgent de développer un esprit de dialogue.

Le cas qui nous intéresse manifeste deux tentations opposées qui nuisent à la construction de cette culture de la rencontre. 

Trouver des solutions sans anathèmes

Le climat ambiant a souvent tendance à mettre toute parole prophétique de l’Église au banc des accusés. On ne la tolère pas dans ses positions contreculturelles. Dans certains milieux, elle n’aurait pas droit de parole sur des sujets dits « sociétaux ». L’accusant par association, on la traite souvent comme n’étant pas moralement à la hauteur des idéaux qu’elle défend.

Or, la contradiction des actions de certains de ses membres ne démontre-t-elle pas la légitimité de ses enseignements ? En ce sens, alors même que la révolution sexuelle des années 60 montre aujourd’hui ses conséquences les plus néfastes, le mouvement #MoiAussi n’est-il pas en train de remettre au premier plan la nécessité des balises claires en matière sexuelle ?

Les différentes « balises » qui apparaissent ici et là autour de la notion de « consentement » ne sont-elles pas le signe de la nécessité d’une ligne vertueuse qui, en cas d’absence, devra tôt ou tard être compensée par la coercition? N’est-on pas en train de confirmer certainespositions de l’Église sur le mariage et la famille, cinquante ans après les avoir refusées (Marie-Pier Dion, Une stratégie tranquille, p. 22) ?

Une Église authentique enseigne à temps et à contretemps, de la même manière que le très bas taux de confiance envers les journalistes ne les empêche pas de faire leur travail.

Ne devrions-nous pas, au contraire, nous réjouir d’une Église qui continue d’enseigner sur la place publique ? D’abord, une Église authentique enseigne à temps et à contretemps, même si ces contretemps viennent de ses propres membres.

De la même manière que le très bas taux de confiance envers les journalistes ne les empêche pas de faire leur travail et de chercher à être fidèles aux principes de leur profession, les catholiques ne doivent pas se décourager d’annoncer leurs points de vue sur les sujets importants de notre société.

Enfin, la plus grande tentation vient certainement des catholiques eux-mêmes qui peuvent se sentir intimidés par un monde prenant de plus en plus ses distances par rapport à leur Église.

Nous devons toutefois être convaincus d’une chose : l’état actuel de la société et ses défis à venir manifestent que notre monde ne peut se priver des propositions et de l’implication des catholiques dans la vie publique et intellectuelle.

La publication de l’abbé Gendreau et du docteur Raouf Ayas aura au moins permis de discuter des rôles respectifs des parents et de l’État en éducation ainsi que de mettre le projecteur sur cette réforme importante malheureusement réalisée jusqu’à maintenant dans un climat de profonde apathie.

À propos de l'auteur

Francis Denis

Francis Denis détient un baccalauréat en philosophie et une maitrise en théologie de l’Université Laval. Il a également obtenu un baccalauréat en théologie de l'Université pontificale de la Sainte Croix à Rome. Il est actuellement journaliste et producteur à la Fondation catholique Sel et Lumière média et directeur de la production du bureau de Montréal.

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