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Comment diluer de l’essence

Photo: Fotolia
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C’est bien connu, l’être en tant qu’être alimente les passions dans les cafés étudiants des facultés de philo autant que l’essence du Canada a fait carburer les conservateurs depuis 10 ans.

Mais le brut canadien, une fois le baril dégonflé, a un peu de tar sands dans l’engrenage. Et en ce qui concerne l’essence du pays, c’est-à-dire ce qu’il est en tant que pays étant, j’ai dû être distrait : même avec 78 longues journées de campagne, je n’ai rien entendu sur le sujet.

Entre calinours et psychorigides

Plus de deux mois à se faire promettre « plus d’argent dans nos poches ». Mais pas un candidat pour nous parler d’Heidegger ou d’Husserl entre le service de deux douzaines de beignes dans un Tim Hortons de la banlieue torontoise.

Je déconne. C’eut été indigeste. Les beignes.

Ceci dit, ne lâchons pas des yeux notre question d’essence.

Depuis près de dix ans, les conservateurs nous ont semblé psychorigides sur l’économie (du pétrole, encore du pétrole!) et adeptes du laisser-faire sur les plans moral et identitaire, préférant repousser vers les tribunaux les questions malcommodes.

Chez les libéraux qui s’amènent, c’est exactement le contraire : plutôt dogmatiques sur les questions d’identité (multiculturalisme) et de mœurs (l’inclusion et la diversité sans limites, exclusion des candidats s’affichant pro-vie), et légèrement calinours sur l’économie.

Justin Trudeau (photo: Alex Guibord, wikimedia - CC)

Justin Trudeau (photo: Alex Guibord, wikimedia – CC)

Ces éternels antagonistes (ennemis, puis voisins…) se rejoignent toutefois sur un point. Libéraux et conservateurs ne m’ont pas aidé du tout à m’approcher de la connaissance de l’être canadien.

Corrigez-moi si je me trompe – je ne demande que ça –, mais je n’ai pas trouvé beaucoup d’idées dans les plateformes qui permettent de transcender les préoccupations individualistes, de nous élever au-dessus des intérêts particuliers ni de dépasser les enjeux strictement économiques ou les luttes de classes.

Ces questions sur l’avoir ne résolvent rien à propos de l’être. À moins que notre être soit configuré, dans son essence, que par l’avoir? Faudrait voir.

De beaux sentiments

Lorsqu’on écoute le discours de victoire de Trudeau, on apprend que la fibre canadienne est inclusive, multiculturelle, ouverte à la diversité, etc. C’est donc dire que le Canada des années Harper n’était pas lui-même? Comme s’il errait hors de son être? À en voir la répartition des suffrages, rien n’est moins certain.

L’être canadien serait donc une harmonieuse mosaïque multicolore? Pourtant, les limites du multiculturalisme nous semblent aussi manifestes que les frontières d’un chinatown.

Justice sélective

On a l’impression que l’essence du Canada a été pas mal diluée, au fur et à mesure que l’on effritait ses plus nobles principes fondateurs.

Aujourd’hui, si l’être Canadien est supposément, in se, doté d’un sens aigu de la justice sociale, il m’apparait étrange qu’on ait autant de difficulté à défendre les plus vulnérables et les sans-voix parmi nous.

On assiste impuissants à la désintégration des derniers remparts contre la barbarie de l’élimination d’individus « non économiquement-utiles ».

Au mieux, les gouvernements qui se succèdent se révèlent tous plus incapables les uns que les autres de garantir une protection minimale aux ainés et aux enfants à naitre.

Au pis, on assiste impuissants à la désintégration des derniers remparts contre la barbarie de l’élimination d’individus « non économiquement-utiles ».

Quatre autres années à genoux

Faudra prier, bien sûr.

En fait, la bonne nouvelle, puisqu’il doit bien en avoir une quelque part, c’est que, tout comme mes amis de l’Observatoire Justice et Paix, je crois bien qu’une approche non partisane dans la quête du bien commun est essentielle.

Et j’espère sincèrement que les députés, au sein d’un gouvernement qui semble déjà se faire le chantre de la liberté, pourront au moins voter librement lorsqu’il sera question d’adopter des lois qui touchent à la sacralité de la vie.

À propos de l'auteur

Antoine Malenfant

Marié et père de famille, Antoine est diplômé en études internationales, en langues et en sociologie. À la tête de l’équipe de rédaction du Verbe depuis 2013 et directeur artistique de la publication, il anime chaque semaine, depuis septembre 2016, l’émission radiophonique On n’est pas du monde.

2 Commentaires

  • Dans une épique discussion sur l’essence de l’être canadien, un de mes amis torontois avait trouvé l’image qui vaut mille mots : « Le Canadien est comme le TOFU, il prend la saveur de ce avec quoi on le mélange. » Pas étonnant que notre patriotisme soit plutôt maigre!

  • Il me semble au contraire que se soucier du bien commun sans faire de partisanerie est une une véritable utopie tenant précisément du monde des calinours. En effet, il suffirait à »l’être canadien », détenteur d’un droit de vote, de lire quelques lignes de l’histoire politique de son pays ou de s’informer de l’appartenance politique des quelques députés qui osent se lever pour la défense de la vie pour comprendre d’où vient la flamme qui pourrait tout changer…les libéraux et autres prédicateurs de l’aile gauche ne nous ramènerons pas le conservatisme social qui est la seule position viable du croyant. Bien-sûr les conservateurs sont démonisés…on ne se demande pas pourquoi…plusieurs d’entre eux sont chrétiens! Pour les prochaines années, on ne discutera pas de valeurs…il n’y en a pas! Ah oui j’oubliais…l’argent! Dommage…

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