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«Cet assassin est votre fleur»

Photo: Kristopher Roller / Unsplash.com (CC)
Photo: Kristopher Roller / Unsplash.com (CC)

Je m’apprêtais à répondre à un ami qui s’indignait de cette nouvelle formulation du Catéchisme de l’Église catholique disant que la peine de mort, dans le contexte actuel de notre monde, n’est plus admissible. J’aurais baragouiné mollement quelque chose comme: « le Christ n’a-t-il pas payé de son sang la condamnation que nous méritions tous? »

Puis, la Providence, dans sa magnanimité sans bornes, laissa tomber entre mes mains ce morceau de littérature comme il s’en fait trop peu de nos jours. Le vieux bourru de Léon Bloy (qu’on ne peut certainement pas accuser d’être adepte des Bisounours) semonce ici, en des mots bien plus justes que les miens auraient pu l’être, les hérauts de la peine capitale.

Il m’apparaissait alors tout naturel de lui céder cet espace.

*

En ce temps d’oiseux propos sur l’abolition ou la non-abolition de la peine de mort, à laquelle tous les hommes, depuis Adam, sont condamnés sans commutation ni recours en grâce…

Un homme va mourir pour nous de la plus infâme des morts. Cet homme est un voleur et un assassin, comme chacun de nous. La seule différence entre nous et lui, c’est qu’il s’est laissé prendre, n’étant pas un hypocrite et que, portant ostensiblement ses crimes, il est moins abominable. […]Je sais bien que ce langage vous étonne et qu’il vous révolte. Je voudrais qu’il vous fît peur.

La seule différence entre nous et lui, c’est qu’il s’est laissé prendre.

Vous vous croyez innocents parce que vous n’avez coupé la gorge à personne, jusqu’à ce jour, je veux le croire ; parce que vous n’avez pas fracturé la porte d’autrui ni escaladé son mur pour le dépouiller; parce qu’enfin vous n’avez pas transgressé trop visiblement les lois humaines. Vous êtes si grossiers, si charnels, que vous ne concevez pas les crimes qu’on ne peut pas voir. Mais je vous dis, mon très cher frère, que vous êtes une plante et que cet assassin est votre fleur. Cela vous sera montré au Jugement d’une manière plus que terrible.

Sans le savoir et sans le vouloir, chacun de nous confie son trésor d’iniquités et de turpitudes cachées à un homicide, comme un avare peureux confie son argent à un spéculateur téméraire, et, quand la guillotine fonctionne, les deux têtes tombent ensemble! Nous sommes tous des décapités!

- Léon Bloy, Le sang du pauvre, 1909

À propos de l'auteur

Antoine Malenfant

Marié et père de famille, Antoine est diplômé en études internationales, en langues et en sociologie. À la tête de l’équipe de rédaction du Verbe depuis 2013 et directeur artistique de la publication, il anime chaque semaine, depuis septembre 2016, l’émission radiophonique On n’est pas du monde.

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