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Ce pays qui assassine ses prêtres

Le père Vincent Machozi, prêtre Assomptionniste (collection de l'auteur)
Le père Vincent Machozi, prêtre Assomptionniste (collection de l'auteur)

Un texte du frère Gaston Mumbere, a.a.

Il faut le crier haut et fort. Ne jamais se taire devant cette ignominie. Alors jamais. C’est ce qu’avait compris le Père Vincent Machozi, prêtre Assomptionniste. Je le dis au passé, parce qu’il vient d’être assassiné dans la nuit 20 mars 2016. Paix à son âme!

Le pays qui assassine ses prêtres*, c’est la République dite démocratique du Congo. Le pays qui enterre chaque jour ses enfants arrachés à la vie à coup de machette. Le pays qui viole et tue, pas simplement « la femme » mais aussi la matrice même de la vie. Un pays qui nie la vie!

Mes sincères condoléances à sa famille de sang ainsi qu’à toute la famille des Augustins de l’Assomption, dite « assomptionnistes » dont je suis membre.

Par ailleurs, les pères Jean-Pierre, Edmond et Anselme, tous assomptionnistes, ont été kidnappés depuis bientôt trois ans.

Ce forfait survient pendant que les assomptionnistes cherchent encore ardemment à savoir ce qui est arrivé aux pères Jean-Pierre, Edmond et Anselme, tous assomptionnistes kidnappés depuis bientôt trois ans. Aucune autorité gouvernementale ne veut initier l’enquête sur ces enlèvements des prêtres et des milliers de personnes.

Le silence

Au Congo il est interdit de parler… Le père Machozi vient d’en payer le prix. Comme pasteur, il a osé parler pour ces peuples meurtris, dans l’insécurité totale imposée à l’est du Congo.

Je me souviens, il était la voix de ces femmes violées, de ces enfants égorgés de Beni, de Lubero, du Kivu. À ce moment, il ne peut plus parler, car il est mort. Pas tout simplement mort, mais assassiné. Trop, c’est trop!

Ce sang qui coule rougit le sol de nos ancêtres. En marchant, nous le piétinons. Il est donc impossible d’y marcher tous les jours sans ouvrir sa bouche, sans crier, sans parler. Congolais et Congolaises, le temps est venu de briser le silence!

Le destin de ce pays est désormais entre nos mains… Le Kivu ne devrait pas être régi par la loi de la jungle. Il ne devrait jamais être, non plus, l’abattoir d’êtres humains qu’il est malheureusement devenu.

La parole

L’assassinat du père Machozi est symptomatique d’un mal profond dont il faut se débarrasser. Ils n’ont pas seulement tué un homme ! Ils ont surtout tué « le prêtre-pasteur qui parle ».

Ils ont tué la parole!

C’est grave ! Sans peur, l’heure est venue de nous lever comme un seul homme, et de briser le silence. Il n’est plus temps de pleurer. Il n’est plus temps d’enterrer nos morts. Il n’est plus temps de réparer les femmes violées… Il est temps de sortir du bloc opératoire comme le soulignait ce médecin de Panzi.

Populations quittant leur village, fuyant les groupes rebelles au Nord Kivu © MONUSCO/Sylvain Liechti

Populations quittant leur village, fuyant les groupes rebelles au Nord Kivu © MONUSCO/Sylvain Liechti

C’est tout simplement inacceptable. Nous demandons des comptes auprès de ce gouvernement fantôme qui assiste paresseusement aux massacres du peuple qu’il est censé gouverner. Nous demandons l’ouverture d’une enquête internationale pour nos frères et sœurs qui sont tués. Ils sont nombreux : plus de 8 millions.

Cependant, ce n’est pas à cause de ces données statistiques alarmantes qu’il convient d’ouvrir le tribunal pour ces génocidaires au Congo. Derrière ces chiffres, il y a des humains. Derrière ces chiffres, il y a le père Machozi…

Je garde de bons souvenirs de son passage à Québec. Nous avions mangé ensemble.

Maintenant, tu es tué. Prie pour le Congo, prie pour le Kivu, prie pour Beni-Lubero, ce coin du pays qui t’a vu naitre et qui témoigne aujourd’hui de ta mort. Que cette terre de nos ancêtres te soit douce.

Seule ta prière peut essuyer mes larmes.

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Note :

Ce texte est tiré du blogue Mouvement Paix au Congo. Il est reproduit ici grâce à l’aimable autorisation de l’auteur.

 

 

 

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