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#Balance ton steak

Photo: Pixabay - CC
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La campagne #BalanceTonPorc connait un franc succès sur les réseaux sociaux. Évidemment, c’est dégoutant et regrettable de constater à quel point un nombre incalculable de personnes, surtout des femmes, se font harceler et agresser.

Si le problème semble particulièrement présent dans le monde du showbiz – au moment d’écrire ces lignes, La Presse nous apprend que même l’étoile polaire du vedettariat québécois aurait harcelé plusieurs personnes au cours de sa carrière –, il ne s’y limite pas.

Gigot et abats

Alors que certaines dénoncent « les religions » d’avoir nourri la bête du patriarcat et de la domination sexuelle pendant des siècles, d’autres leur répondent poliment que le christianisme, au contraire, a souvent agi comme vecteur de liberté.

Quoi qu’il en soit, je demeure – comme toujours – étonné de l’étonnement populaire et médiatique devant tous ces scandales. Pas comme un vieux blasé que plus rien n’étonne. Mais plutôt comme un observateur ahuri des liens qui nous brodent les uns aux autres.

C’est que les rapports sociaux entre les hommes et les femmes sont profondément marqués par le matérialisme ambiant.

Le matérialisme fait de chacun de nous le steak de notre prochain.

Une fois réduit à sa composante matérielle, des gigots et des abats, il me semble tout naturel que l’homme devienne un loup pour la femme (ou pour l’homme).

Le matérialisme fait de chacun de nous le steak de notre prochain.

Supplément d’âme

Qu’est-ce qui confère à la personne sa dignité humaine – laquelle est, contrairement à sa chair, inviolable?

Demande-t-on la permission au bœuf avant de l’abattre et de le consommer? Cette question mène directement à une autre, plus fondamentale, éminemment fondamentale : quel saut qualitatif y a-t-il entre l’humain et la bête?

En quoi l’homme et la femme sont-ils différents du taureau et de la génisse?

La réponse, il me semble, se trouve ailleurs que dans les cellules osseuses, nerveuses ou musculaires. On doit nécessairement poser notre regard sur la constituante immatérielle de la personne.

Pour ça, faudrait que les esprits modernes que nous sommes cessent de nier l’âme. Et surtout, que nous cessions d’enseigner à nos fils qu’il suffit d’enfiler une capote et de demander poliment la permission à la femme/viande avant de la consommer pour avoir agit en bon garçon.

On doit se sortir la tête du derrière et regarder un peu plus haut.

Ce type d’éducation sexuelle est d’une hypocrisie crasse. On doit se sortir la tête du derrière et regarder un peu plus haut.

La morale du consentement – bien bonne à bien des égards – est loin d’être suffisante pour garantir le respect de la dignité des femmes.

Bien bonne est la liberté aussi. Critère indispensable pour que deux personnes se traitent véritablement en sujets l’un pour l’autre, il arrive néanmoins que la liberté nous mène à paradoxalement consentir, à choisir de se traiter soi-même et autrui en objet à consommer.

Tant que perdurera la prémisse matérialiste dans ce qui fait office d’éducation sexuelle dans nos foyers et nos écoles, le consentement entre deux steaks sera invalidé par une « objectification » consumériste (aussi mutuelle soit-elle, parfois!) des protagonistes. Et ce matérialisme ne cessera de faire office de marchepied du patriarcat.

À propos de l'auteur

Antoine Malenfant

Marié et père de famille, Antoine est diplômé en études internationales, en langues et en sociologie. À la tête de l’équipe de rédaction du Verbe depuis 2013 et directeur artistique de la publication, il anime chaque semaine, depuis septembre 2016, l’émission radiophonique On n’est pas du monde.

9 Commentaires

  • Personnellement, je crois aussi qu’une partie de la solution réside dans une pastorale des hommes. Ce problème est un problème d’hommes et il me semble qu’on aurait que les hommes s’entraident à rester connectés avec leur âme, et pas simplement sur le plan du comportement sexuel mais dans tous les aspects de la vie où la testostérone a tendance à prendre le dessus

    • Bonjour François!
      Avenue plus qu’intéressante. Peut-être même nécessaire.
      Est-ce qu’il y a des paroisses/diocèses où ça se fait? Et comment?
      Cordialement,
      Antoine

  • dans toutes les cultures, jusqu’à récemment, les hommes avaient une sorte d’ « initiation »,
    qui les faisait passer d’enfant à adulte. Ils apprenaient que la souffrance personnelles peut servir au bien commun. Cela faisait d’eux des hommes prêts à mourir pour leur tribu, ou leur communauté.

    … ce n’est pas avec des « programmes » de catéchèse châpeautés par des madames qu’on va apprendre quoique ce soit de significatif de ce côté là à nos jeunes garçons.

    Je pense honnêtement que de suer quelques heures par jour à faire du bois de chauffage et à pelleter du fumier, en compagnie d’hommes pieux plus âgés serait plus utiles pour construire une vraie masculinité, sobre, acétique, stoïque, vertueuse, n’ayant pas peur de souffrir pour un plus grand bien, sacrificielle, virile,… que la vaste majorité de nos programmes de catéchèses… trop didactiques, trop de verbiage… trop sentimentales, trop « c’est-quoi-ton-opinion-tu-es-le-centre-de-l’univers… ».

    Mais ces vieux pieux, pas quétaines et pas insécures, pas égoïstes, et pas confus sont très rares… On peut déjà travailler soi-même à en devenir un…

  • j’avoue que d’assister à une messe dans le rite extraordinaire… et de voir un jeune de 10 ans balancer l’encensoir pendant 2h00 sans s’arrêter, droit comme un picket, et de voir des jeunes de 5-6 ans agir avec plus de discipline que la plupart des jeunes de 25 ans que je connais, … honnêtement, je pense qu’on a jeté par dessus bord une excellente catéchèse quand ce genre de pratique a pratiquement disparu.

    le jeune doit apprendre qu’il n’est pas le centre de l’univers. Et ça commence par la crainte de Dieu.
    « Le commencement de la sagesse, c’est la crainte de l’Éternel ». Et ça ne s’apprend pas d’abord dans les livres. L’humain est un « animal » liturgique. On apprend en faisant. En faisant avec notre corps.

    Révérer le corps des autres, on a même pas besoin d’en parler si au centre de nos rites, on révère, avec crainte et tremblement, le corps du Christ. Or, depuis quelques décennies, il est à la mode d’opposer la crainte et l’amour (une veille erreur héritée de Luther…). Et c’est une tragédie !
    Je dois craindre l’ « autre », dans le sens que je dois m’approcher de l’ « autre » avec une attitude qui traduit un émerveillement devant le mystère inépuisable qu’est l’ « autre ».

    tout cet apprentissage n’a pas besoin d’être explicitement « verbal » et didactique… Ça se fait par imitation, et par les gestes du corps. Et la liturgie me semble être le lieu privilégier pour ce faire.

    • Tommy,

      En effet, il y a un risque de trouver un remède verbal à cette situation. Le risque de ce type de pastorale est la dépendance à des paroles d’encouragement. Comme un médicament qui déresponsabilise la personne de ces choix. C’est triste de voir des personnes qui ont reçu pendant des années ce genre de remède, mais qui n’ont pas avancé d’un pas. Les hommes ont besoin des hommes, certes, mais en avançant vers Dieu et non dans une démarche thérapeutique pour se guérir de quelque chose. Il n’y a rien à guérir dans cette situation entre les rapports malsains entre les hommes et les femmes, mais des vertus et des vérités divines à acquérir afin de traiter la femme comme d’une personne digne de toute notre amour.

  • Bonjour,

    Cet article s’éloigne du sujet, à mon sens. Les gens aux moeurs permissives NE SONT PAS des abuseurs sexuels. Ils couchent à gauche et à droite sans user de violence ni de contrainte. Les abuseurs peuvent avoir de nombreux partenaires sexuels mais ce n’est pas ça qui les fait triper. C’est la domination de l’autre qui les fait triper. Un violeur prend son pied en voyant la femme souffrir devant lui. Un homme normal ne jouira jamais d’une telle situation. Il a besoin de savoir que son plaisir est partagé. C’est pour cela qu’on dit que l’abus sexuel n’est pas une question de sexe. C’est une question de domination. Le DSM ne l’inclut même pas comme psychopathologie. En général ceux qui exercent ce genre de domination ont un trouble de la personnalité quelconque ( narcissique, anti-social etc…). C’est un rapport de domination que l’abuseur tente souvent d’établir dans plusieurs situations, entre autres dans sa vie affective et sexuelle. C’est en soignant ce trouble de la personnalité que les conséquences ( abus sexuel, autres types d’abus ou de comportements non adaptés ) peuvent être atténuées.

    Je dirais que la société permissive crée un environnement idéal pour que l’abuseur exerce sa domination sans que ce soit vu comme tel en milieu de travail ou autre. Ça passe pour cool…. Cependant, l’abuseur agit indépendamment de la permissivité sexuelle de la société. Les sociétés où reignent le rigorisme moral ….et où les enfants de coeurs balancent l’encensoir pendant 3 heures….connaissent leurs lots d’abus.

    • Bonjour,

      Merci pour vos commentaires!
      Nulle part vous pouvez lire dans ce billet que « les gens aux moeurs permissives sont des abuseurs », ni rien qui s’en rapproche. L’idée défendue est plutôt qu’une hypocrisie – ni pire ni mieux que celle régnant aux époques plus rigoristes, j’en conviens avec vous – semble assez démocratiquement diffuse: nous consentons à nous utiliser les uns les autres, mais nous nous offusquons que certains (un plus narcissiques, peut-être) poussent l’audace à ne pas demander la permission. Mais il y déjà longtemps que nous avons renoncé à nous traiter mutuellement avec le respect que requiert notre dignité. « Partager le plaisir » c’est bien, mais c’est malheureusement l’unique salaire que notre pauvre culture hédoniste/matérialiste a à nous offrir. Ce billet s’éloigne peut-être du (de votre?) sujet. Il se voulait toutefois une tentative de rappel de la vocation verticale de l’homme et de la femme.

      Au plaisir de vous lire,

      Antoine

  • Bonjour Antoine,

    J’ai très bien compris votre texte et le résumé que vous en avez fait est exactement ce que j’en ai compris. Je ne suis pas d’accord avec l’idée de continuum : « mais nous nous offusquons que certains (un peu plus narcissiques, peut-être) poussent l’audace à ne pas demander la permission ». Ce n’est pas un continuum. Nous sommes tous plus ou moins narcissiques. Un trouble de la personnalité est une pathologie qui dépasse le narcissisme ordinaire. Nous ne sommes plus dans le narcissisme ordinaire quand l’angoisse évidente et la douleur de la personne à qui on n’a pas demandé la permission ne mettent pas fin aux agissements de l’initiateur, mais au contraire l’excite. C’est pour cela que nous ne sommes pas dans un continuum.

    Vous dites: « Mais il y déjà longtemps que nous avons renoncé à nous traiter mutuellement avec le respect que requiert notre dignité ». Le respect que demande notre dignité inclut la demande de permission et plus encore. Une personne qui insiste seulement sur cette demande de permission n’a renoncé que partiellement au respect que demande la dignité humaine. Ne pas l’encourager dans ce sens sous prétexte qu’elle pourrait faire mieux est contre-productif. La société occidentale (et les autres encore aujourd’hui) a longtemps marié ses filles vierges à des hommes qui ne les intéressaient pas mais qui faisaient l’affaire des parents. Leur permission n’était pas requise alors que la liberté dans le oui est l’un des 4 piliers du mariage catholique. Les femmes et certains hommes se battent en ce moment pour quelque chose de très important. Ça demande un courage exceptionnel, suivi de souffrances qui vont durer des années à se faire lyncher publiquement par de nombreuses personnes. C’est le «moment» de les soutenir et non de leur dire qu’elles n’en sont pas moins du steak pour les autres, compte tenu de leurs moeurs. C’est une question de «moment». Comme Jésus devant la femme adultère qui a jugé que ce n’était pas le «moment» de lui faire la leçon. Cependant, c’est le moment de continuer à lutter pour améliorer le cours d’éducation sexuel comme vous le faites si bien.

    J’espère avoir clarifié ma pensée.

    S

    • Bonjour,

      Merci pour ce commentaire qui, en effet, clarifie vos propos. Je tenterai d’en faire autant. Mon texte ne visait aucunement à tracer un lien entre les moeurs des femmes abusées et les agressions subies. Affirmer cela (ou l’insinuer volontairement) serait aussi faux qu’ignoble. Je voulais, au contraire, démontrer qu’un travail de fond reste à faire quant à la valorisation de la femme dans l’oeil (et dans le coeur et la tête) de l’homme: que nous luttions contre ce qui, dans notre culture, nous fait si souvent considérer la femme comme une pièce de viande.
      Vous écrivez: « Ne pas l’encourager dans ce sens sous prétexte qu’elle pourrait faire mieux est contre-productif. » Je suis bien d’accord avec vous, dans la mesure où cet « encouragement » ne devient pas complaisance, où l’on ne se contente pas de ce contrat social qu’est la morale du consentement (je l’ai d’ailleurs écrit dans le texte: cette morale est « bien bonne à bien des égards »).

      Si j’ai erré dans cette démonstration, j’en suis désolé.
      Bonne journée!

      Antoine

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