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Anne Dorval et la bienbaisance

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« Eh oui! On est en 2014! » qu’ils disent, les gens ouverts d’esprit.
C’était sur tous les écrans, dans les journaux, sur les tribunes radio, dans nos bouches et nos oreilles ce matin. Anne Dorval est consternée par les propos d’Éric Zemmour (dont le très neutre article de Radio-Canada qualifie les idées « d’extrême droite »).

 

Quand réfléchir semble homophobe

Sûrement, le monsieur fait pas dans la dentelle politiquement correcte. Ni dans la bienbaisance gauche ouverte d’esprit. Et Anne Dorval (que j’admire pour ses talents d’actrice) a le droit de s’indigner. Sauf que ces plateaux de télé où des philosophes, des écrivains, des journalistes et des acteurs croisent le fer me mettent un peu mal à l’aise. Comme si tous ces points de vue avaient la même valeur, le même poids.

Vague impression que l’émotion, ici, constipe la pensée.

À l’ère du showbiz, l’avis d’une grande actrice sur l’éthique vaut autant (voire davantage) qu’un l’avis d’un gars qui passe sa vie – et qui est payé pour – à réfléchir sur ces enjeux.

Soyons clairs : elle a droit à son avis. Ce qui me fascine, c’est la valeur relative qu’on lui accorde.
Soyons clairs again : Éric Zemmour est peut-être aussi connard qu’on le dit. Mais ce qui est discuté sur le fil Facebook de Michel et d’Audrey, et de Ginette et de Samuel, ce matin, c’est pas des arguments. C’est plutôt du calibre : « Ta gueule gros con de Zemmour, tu connais rien au Québec. Ici, on est ouverts d’esprits, on n’est pas bouchés du c** comme toi… etc. Bravo Anne Dorval! Le Québec est fier de toi. »

Bonne personne = bonnes idées

Mais Anne Dorval, étant une bonne personne, Québécoise de surcroît, ne peut avoir que des bonnes idées, bien placées, pas coincées et ouvertes sur les questions d’éthique aussi difficiles que la GPA et le PMA.

Depuis quand être ouvert d’esprit c’est accepter que des êtres humains soient fabriqués comme on fait des choses pour satisfaire des besoins de grands bambins qui veulent catiner (homo ou pas).

Depuis quand être ouvert d’esprit c’est accepter docilement ce que tous les médias – tous les médias québécois – nous font gober, sans le moindre esprit critique, sans la moindre réflexion de fond sur les contradictions qui sous-tendent nos relations de couple (homo ou pas).

On est en 2014. Oui. Et l’ouverture d’esprit n’est pas toujours où on pense. À voir les grands réseaux d’informations diffuser en boucle une femme se draper d’ouverture d’esprit tout en refusant d’écouter les arguments de son interlocuteur, me laisse sérieusement perplexe.

Je suis hétérophobe

On ne le dit pas assez. L’hétérosexualité est une invention. Une création du langage pour désigner une chose qui n’existait pas… avant que l’homosexualité fasse son apparition au dico.

Donc, l’hétérosexualité voudrait dire : je suis attiré envers les personnes de sexe opposé. J’aime pas ce mot «opposé». Comme si c’était ça l’attirance péjorative. Je préfère sexe complémentaire. Mais encore là, y’a quelque chose qui cloche.

Suis-je fais pour aller vers toutes les personnes de sexe complémentaire (toutes les femmes pour moi!)? Ou plutôt, suis-je fait pour aller vers cette chère M., et l’aimer vraiment, c’est-à-dire éternellement. C’est-à-dire toujours, même (précisément) quand elle a des idées bizarres, fait des gaffes, ou me repousse parce que mon haleine de whisky lui déplaît.

Au nom de l’amour

Et c’est là toute la tristesse qui émanait du texte que j’ai partagé la semaine passée. Une femme s’y questionnait sur la monogamie et sur ce qui nous distinguait (ou pas) des animaux dans nos relations de couple.

Josée Blanchette semblait accepter fatalement que l’homme est « hétérosexuel », alors que la femme est contrainte à « éponger les pleurs des enfants, le soir, sur l’oreiller » parce que papa est parti avec sa charmante secrétaire (ou était-ce la voisine, peu importe). Au nom de la liberté. Au nom de l’amour.

Je n’entrerai pas ici dans une définition aristotélicienne de la nature de l’homme. Vous êtes sans doute bien mieux équipés que moi pour faire ça. D’ailleurs, la section « commentaire » sous le billet sert à ça.

Au risque de froisser les plus cyniques, néanmoins, je pense qu’on est faits pour être heureux.

Ça, je le crois autant que je crois qu’il est impossible de réaliser ce pour quoi on est faits sans donner. Se donner, complètement, à l’autre. Alors que l’animal en nous nous pousse à vouloir recevoir, comme si notre survie en dépendait. J’ose croire que l’espèce humaine aspire à bien plus que la survie.

Elle aspire à la félicité. ◊

À propos de l'auteur

Antoine Malenfant

Marié et père de famille, Antoine est diplômé en études internationales, en langues et en sociologie. À la tête de l’équipe de rédaction du Verbe depuis 2013 et directeur artistique de la publication, il anime chaque semaine, depuis septembre 2016, l’émission radiophonique On n’est pas du monde.

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