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Photo: Pixabay (CC)
Photo: Pixabay (CC)

Dans une déclaration récente, la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, évoquait la montée d’une « gauche religieuse » au Canada. Selon elle, l’aspirant chef du Nouveau parti démocratique, Jagmeet Singh, symbolise ce nouveau courant en refusant de faire une distinction claire entre son appartenance religieuse et la politique.

Le politicien de confession sikhe, qui s’est défendu ensuite d’incarner cette nouvelle gauche, est soupçonné par la chef bloquiste de dissimuler des motivations religieuses sous un discours progressiste.

Nous laisserons à Jagmeet Singh le soin de préciser ses intentions.

Ceci dit, il apparait évident que Martine Ouellet pose globalement un juste diagnostic.

J’ai déjà analysé ailleurs la montée de cette gauche voulant faire alliance avec les religions. Pour plusieurs de ses représentants, cette alliance est nécessaire pour mettre fin à la discrimination dont seraient victimes les minorités.

Cependant, il y a une religion, une seule, avec laquelle on ne veut pas trop afficher de liens.

Vous aurez deviné laquelle.

La tradition chrétienne remise en question

Paradoxalement, la mouvance politique qui se préoccupe des autres religions demeure plutôt réfractaire à l’idée de préserver la tradition chrétienne.

Depuis plusieurs années, c’est souvent même à une volonté d’effacer l’empreinte du christianisme à laquelle nous avons assisté. La déconstruction du passé est considérée comme une condition nécessaire à la reconstruction de la civilisation occidentale selon les standards du multiculturalisme.

Mon parcours académique m’a permis de constater à quel point ce projet de déconstruction était considérable. Pour de nombreux universitaires influents, le christianisme porte en lui les germes d’une vision uniformisatrice du monde qui serait devenue incompatible avec l’expression profonde de la diversité. Non seulement le christianisme serait historiquement coupable d’impérialisme, mais il serait aussi porteur d’une vision abstraite et universelle de l’Homme faisant abstraction des différences culturelles.

Comme si, pour accepter pleinement les autres cultures, il convenait ainsi de rompre complètement avec l’héritage intellectuel chrétien.

Plus encore, certains intellectuels remettent en question la distinction fondamentale entre la sphère politique et la sphère religieuse, car elle demeure le fruit des rapports particuliers entretenus entre l’État et l’Église dans l’histoire européenne. C’est notamment le cas du professeur américain William E. Connolly pour qui le seul fait de distinguer ces deux domaines relève d’une attitude « ethnocentriste » trahissant un préjugé favorable pour le christianisme.

Pour accepter pleinement les autres cultures, il conviendrait de rompre complètement avec l’héritage intellectuel chrétien, le monothéisme menant au monoculturalisme, et non au multiculturalisme.

L’hospitalité occidentale

Pour plusieurs, l’Occident ne sera jamais vraiment accueillant que lorsqu’il aura complètement renoncé à ses origines, et en particulier à ses origines religieuses. Mais pourquoi devrait-il les abandonner si toutes les autres civilisations sont, elles, bien au contraire, encouragées à les préserver ?

L’hospitalité envers l’autre dont on nous invite à faire preuve s’enracine profondément dans la pensée chrétienne.

Et pourtant, ironiquement, l’hospitalité envers l’autre dont on nous invite à faire preuve s’enracine profondément dans la pensée chrétienne.

Sans la diffusion du christianisme durant les deux derniers millénaires, le discours actuel sur l’ouverture à l’autre n’aurait jamais pu s’implanter si facilement et aussi durablement. En effet, je ne suis pas le premier à observer que ce discours fait écho à des passages de la Bible axés sur l’acceptation. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », demande le Dieu des juifs et des chrétiens.

Ce n’est pas un hasard si les Droits de l’homme ont vu le jour en Europe. Jamais ces derniers n’auraient pu être inventés, par exemple, dans la civilisation hindoue où un système de castes maintient les gens dans une profonde inégalité.

Le rejet de notre héritage chrétien participe aussi de l’actuel engouement pour le déboulonnage de statues représentant des personnages historiques jugés controversés. Récemment, le maire de New York proposait de retirer une statue de Christophe Colomb située en plein cœur de Manhattan.

L’évangélisation de l’Amérique serait un crime, mais les sacrifices humains que pratiquaient encore certains peuples amérindiens n’en seraient pas un.

Il serait peut-être temps de retrouver le sens des nuances.

À propos de l'auteur

Jérôme Blanchet-Gravel

Jérôme est maître en sciences des religions et candidat au doctorat en science politique à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur du livre Le nouveau triangle amoureux: gauche, islam et multiculturalisme (Accent Grave, 2014) et Le retour du bon sauvage: La matrice religieuse de l’écologisme (Boréal, 2015) et est aussi correspondant québécois à Causeur. Récemment, il a dirigé le collectif franco-québécois L’islamophobie, paru à l'automne 2016 (Dialogue Nord-Sud).

1 commentaire

  • En fait l’immigration débridée (et pourtant, je suis un immigrant moi-même) est un puissant cheval de Troie, non pas tant pour faciliter une migration de remplacement comme le propose l’ONU depuis 2000, mais pour justifier le passage à la trappe plus rapide et surtout définitif de la Chrétienté, puis du Christianisme, et enfin du Christ comme « personne ». La seule personne, en définitive, que cette intelligensia néo-marxiste ne veut pas accueillir.

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