2018-01 Amour libre

Zoé perdue et retrouvée

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Illustrations de Chloé Germain-Thérien

Texte de Rose Dufour et de Zoé

[Ce bédéreportage a été publié dans le magazine d’hiver 2018]

«Est-ce possible de croire que cette réalité existe? Qu’elle existe vraiment? En relisant cette bédé, je me souviens, mon corps se rappelle, mon cœur réagit. Tant d’errance, tant de souffrance à chercher, à vouloir oublier, à me détester.

«Je ne savais pas qui j’étais avant même d’avoir commencé à me prostituer. Cachée dans l’ombre, c’est à genoux que je l’ai gagnée, ma dope. Tous les trous miteux que j’ai fréquentés, la cellule que j’ai habitée, toutes ces mains qui m’ont tripotée, qui m’ont souillée…

«Mais je suis une privilégiée, car j’ai été protégée. Ma conscience ne m’a jamais quittée, ni ma dignité. La tête bien haute, je continue d’avancer avec ma quête de cette liberté, et toute ma dignité. Merci à tous les gens qui savent si bien m’aimer, m’entourer, m’écouter. Sans eux, je n’y serais jamais arrivée!

«Mais je ne peux oublier toutes celles qui y sont restées.»

– Zoé

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La vérité cachée derrière la prostitution

[Un texte de Rose Dufour, de la Maison de Marthe]

 

Parce qu’elle existe depuis 2600 ans, nous pensons la connaitre. Erreur.

Ce sont les Grecs qui ont introduit l’argent dans la relation sexuelle. Hier discrète, peu répandue, taboue, aujourd’hui devenue une industrie dans un impératif pornographique où la femme est et n’est que la marchandise. Comment en sommes-nous arrivés là?

La transformation de l’économie mondiale et la mondialisation des marchés ont conduit au néolibéralisme (capitalisme dit «sauvage») où tout a trouvé son prix, sa valeur marchande: les organes, les ovules, les ovaires, le sperme, la location des utérus des mères porteuses, etc.

Ces mutations ont engendré la mondialisation des industries du sexe (prostitution, pornographie, tourisme sexuel, traite des femmes et des enfants, agences internationales de rencontres, etc.).

Le mouvement social de libération sexuelle, cette contestation radicale et généralisée de la tradition judéo-chrétienne, a été récupéré par ce néolibéralisme qui a imposé et maintenu, sous des illusions de libération sexuelle, les conduites sexuelles patriarcales qui se fondent sur la discrimination sexuelle.

La révolution sexuelle – afin que chaque personne soit sujet de sa sexualité – n’a pas eu lieu… et elle reste à faire.

La prostitution est un système commercial qui vend l’accès au sexe des personnes. Ce n’est jamais de la sexualité. Encore moins de l’amour.

La femme est la marchandise. Le client produit la prostitution; sans lui, le marché disparaitrait instantanément. Le proxénète stimule le marché et en soutire les plus grands profits. C’est une tragédie humaine, c’est l’esclavage moderne.

La relation sexuelle sans désir est vécue, même avec le consentement, comme une agression sexuelle, comme un viol. La prostitution est un crime contre la personne.

La révolution sexuelle – afin que chaque personne soit sujet de sa sexualité – n’a pas eu lieu… et elle reste à faire.

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Vous pouvez écouter le grand entretien radiophonique avec Rose Dufour à l‘émission du 26 février 2018:

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