2017-04 Vieillesse

Fatima: un siècle de lumière

Photo: Wikimedia (CC)
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[NDLR: Ce texte est tiré du numéro de printemps 2017 de la revue Le Verbe. La version numérique de ce numéro est disponible gratuitement ici. Voir aussi Le 4e secret de Fatima.]

 

Le 13 mai 2017, le pape François se rendait à Fatima pour commémorer les 100 ans des apparitions phares du 20e siècle. Cent ans pour accueillir un message qui annonce un Dieu pour le monde, mais qui aussi dénonce un monde contre Dieu. Car, il faut le reconnaitre, Fatima est sans aucun doute la plus prophétique des apparitions modernes. Et comme toute prophétie, elle n’est pas sans déranger ceux qui se croient bien installés.

Portugal, 1915, Première Guerre mondiale. Une jeune fille de 8 ans, Lucie Dos Santos, et trois autres petites bergères voient sur une colline plantée d’oliviers une figure semblable à une statue de neige que les rayons du soleil rendent transparente. «Qu’est-ce que c’est, Lucie?» «Je ne sais pas. Prions le chapelet.» Plusieurs mois passent…

Printemps 1916. Lucie garde de nouveau un troupeau, cette fois avec ses cousins Francisco, 9 ans, et Jacinta, 6 ans. Alors qu’ils prient, ils voient s’avancer vers eux la même figure de lumière qui leur dit: «Ne craignez pas, je suis l’ange de la paix, priez avec moi.» L’ange se met à genoux, incline sa tête jusqu’à terre et enseigne cette prière aux enfants: «Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime. Je demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’espèrent pas, qui ne vous aiment pas.»

Été 1916. L’ange leur apparait de nouveau pour les exhorter: «Que faites-vous? Priez, priez beaucoup. Les très Saints Cœurs de Jésus et de Marie ont sur vous des desseins de miséricorde. Offrez constamment au Très-Haut des prières et des sacrifices.» «Mais que devons-nous sacrifier?» demande Lucie. «Tout ce que vous pourrez: offrez à Dieu en sacrifice un acte de réparation pour les péchés par lesquels il est offensé et un acte de supplication pour la conversion des pécheurs. Attirez ainsi la paix sur votre patrie. Surtout, acceptez et supportez avec soumission les souffrances que Dieu vous enverra.»

Automne 1916. Dans une lumière inconnue, l’ange apparait encore une fois. Il tient dans sa main gauche une hostie de laquelle tombent quelques gouttes de sang dans un calice suspendu en l’air. Il enseigne une nouvelle prière aux enfants: «Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément et je vous offre les très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Jésus Christ, présent dans les tabernacles du monde, en réparation des outrages, sacrilège et indifférences dont il est lui-même offensé, et par les mérites infinis de son Très Saint Cœur et du Cœur immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs.» Puis l’ange donne aux enfants l’hostie et le calice: «Prenez et buvez le Corps et le Sang du Christ, horriblement outragé par des hommes ingrats. Réparez leurs crimes et consolez notre Dieu.»

Fort impressionnés, les petits voyants commencent à pratiquer une pénitence héroïque. Ils gardent le silence sur ce qu’ils ont vu. Cela les dépasse. «Pourquoi n’avoir rien dit?» s’étonnera le père Jongen en 1940. Lucie lui répond: «Si vous aviez vécu ce que nous avons vécu, vous comprendriez.»

Les six apparitions de la Vierge

13 mai 1917. Les trois bergers sont surpris par un éclair.

— Est-ce un orage?

— Il vaut mieux retourner à la maison.

Sur le chemin du retour, un nouvel éclair les éblouit. Puis ils voient sur un petit chêne vert à un ou deux mètres de distance une dame vêtue de blanc. Elle rayonne d’une lumière intense qui semble émaner d’elle. La dame ouvre la conversation.

— N’ayez pas peur. Je suis venue pour vous demander de vous rendre ici six mois de suite, le 13 de chaque mois, à cette même heure. Après, je vous dirai qui je suis et ce que je veux. Ensuite, je reviendrai encore ici une septième fois.

— Et moi, demande Lucie, est-ce que j’irai au ciel?

— Oui, tu iras.

— Et Jacinthe?

— Elle aussi.

— Et Francisco?

— Lui aussi, mais il devra dire beaucoup de chapelets.

Puis la dame leur fait cette demande étonnante.

— Voulez-vous vous offrir à Dieu pour supporter toutes les souffrances qu’il voudra vous envoyer, en réparation des péchés par lesquels il est offensé et pour la conversion des pécheurs?

— Oui, nous le voulons.

— Vous aurez donc beaucoup à souffrir, mais la grâce de Dieu vous soutiendra toujours.

La dame conclut la rencontre en étendant sur eux les mains. Tous se sentent alors pénétrés de sa lumière mystérieuse.

13 juin 1917. La dame revient comme promis et leur demande de prier le rosaire tous les jours. Elle leur dit aussi que Dieu veut rétablir dans le monde la dévotion à son Cœur immaculé. Lucie rapporte ainsi ce qu’elle a vécu ce jour-là: «Le 13 juin 1917, elle m’avait dit qu’elle ne m’abandonnerait jamais, que son Cœur immaculé serait mon refuge et le chemin qui me conduirait à Dieu. Ce fut en disant ces paroles qu’elle ouvrit les mains et fit pénétrer dans notre poitrine le reflet de la lumière qui jaillissait d’elle. Cette lumière était Dieu même! Il me semble que, ce jour-là, ce reflet a eu pour fin principale de mettre en nous une connaissance et un amour spécial à l’égard de Dieu et du mystère de la Sainte Trinité.»

13 juillet 1917. Le monde vit encore les horreurs de la Première Guerre mondiale, sans que personne en voie l’issue. La dame revient et demande que le rosaire soit spécialement prié pour la paix. Or, le pape Benoît XV venait tout juste, quelques semaines auparavant, de faire la même recommandation au monde entier. Ce même jour, la dame confie à Lucie un secret en trois parties. Le public commence alors à être informé par la presse locale. Le curé écrit un article intitulé «Un second Lourdes». L’administrateur du conseil municipal, président de sa loge maçonnique, convoque Lucie et ses parents afin de les menacer. Jacinta dit courageusement à Lucie: «Si on te tue, dis-leur que Francisco et moi, nous voulons mourir aussi.» De part et d’autre, nous n’avons nullement affaire ici à un jeu

Photo: Wikimedia (cc)

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d’enfant. Ils sont sévèrement interrogés puis enfermés jusqu’au 15 aout, ce qui les empêche de se rendre à l’apparition du 13 comme prévu.

19 aout 1917. Les enfants se rendent au lieu habituel, inquiets d’avoir manqué leur rendez-vous avec la dame… pourtant sans faute de leur part. Lorsque la dame apparait, Lucie ouvre le dialogue.

— Que voulez-vous de moi?

— Revenez ici et continuez à réciter le rosaire tous les jours. Le dernier mois, je ferai un miracle pour que tout le monde croie. Si l’on ne vous avait pas empêché de venir le 13 aout, le miracle aurait été plus manifeste. Viendra saint Joseph avec l’Enfant Jésus donner la paix au monde. Viendra notre Seigneur pour bénir le peuple. Viendra Notre Dame du Rosaire avec un petit ange de chaque côté. Viendra Notre Dame des Douleurs avec un arc de fleurs tout autour.

— Que faire de l’argent et des autres offrandes que les gens laissent ici?

— Qu’on en fasse deux brancards de procession pour la fête de Notre-Dame-du-Rosaire. Ce qui restera sera pour aider à construire une chapelle.

Lucie demande ensuite la guérison de plusieurs malades. La Vierge lui répond qu’elle en guérira certains pendant l’année et elle ajoute: «Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs, car beaucoup d’âmes vont en enfer, faute de sacrifices et de prières pour elles.»

13 septembre 1917. La Vierge répète ses exhortations à la prière pour la fin de la guerre. Elle confirme aussi qu’en octobre elle fera un grand miracle pour que tout le monde croie.

13 octobre 1917. Plus de 50 000 personnes se réunissent, croyants et sceptiques, pour constater de leurs propres yeux si le miracle annoncé aura lieu. La dame de lumière apparait de nouveau, mais seuls les trois enfants peuvent la voir et l’entendre. Elle redemande de prier le rosaire pour la paix. À une demande de Lucie pour la guérison de malades, la Vierge répond tristement: «Les uns, oui; les autres, non. Il faut qu’ils se corrigent, qu’ils demandent pardon de leurs péchés. Qu’on n’offense pas davantage Dieu, notre Seigneur, car il est déjà trop offensé.» Comme quoi les guérisons ne sont jamais une fin en soi pour Dieu, mais toujours des signes qui doivent conduire à une vie avec Dieu.

Danser dans le ciel

Alors, la dame ouvre ses mains en les tournant vers le soleil. Tandis qu’elle s’élève, le reflet de la lumière qui émane d’elle continue à se projeter sur le soleil, comme si elle était elle-même plus brillante que l’astre du jour. La foule en attente voit le ciel nuageux se dégager. Soudain, le soleil se met à danser dans le ciel aux yeux de tous. Il tourne sur lui-même comme une toupie, comme un feu d’artifice. Le paysage devient multicolore. Le phénomène recommence à trois reprises et dure plus de 30 minutes. La dernière fois, le soleil tourne si vite qu’il semble lancer dans le ciel des gerbes de lumière de toutes les couleurs. À la fin, il donne l’impression de se rapprocher de la terre comme s’il voulait l’écraser. La foule terrifiée se jette à terre et se met à prier.

Parmi les milliers de témoignages recueillis, celui du reporter sceptique et anticlérical du quotidien libéral de Lisbonne O Seculo est frappant: «La pluie s’arrête, et l’on assiste alors à un spectacle unique, incroyable pour qui n’en a pas été témoin. Le soleil ressemble à une plaque d’argent mat, et il est possible de le fixer sans le moindre effort. Il ne brule pas les yeux, il n’aveugle pas. On dirait une éclipse. Mais jaillit une clameur colossale: “Miracle! Miracle!” Ébloui, le peuple, rempli d’effroi, la tête découverte, contemple l’azur du ciel: le soleil a tremblé, le soleil a eu des mouvements brusques, fait contraire à toutes les lois cosmiques: “le soleil a dansé”, selon l’expression typique des paysans.»

Un autre témoignage hautement crédible et précis est celui du professeur Garrett, qui s’était pourtant déplacé avec des attentes sereines et froides: «Il était presque deux heures. Je pus voir le soleil semblable à un disque à l’arête vive, lumineux et brillant, mais qui luisait sans fatigue pour les yeux. On le voyait et le sentait comme un astre vivant. Soudain retentit un cri d’angoisse de tout le peuple: sans relâcher la rapidité de sa rotation, le soleil rouge sang se détacha du firmament et avança vers la terre: il menaçait de nous écraser sous le poids de son immense masse ignée. Ce furent des secondes terrifiantes.»

Éclipse, hallucination ou miracle?

Était-ce une sorte d’éclipse? Le professeur Garrett, en ayant déjà observé par le passé, peut certifier qu’il s’agissait d’un tout autre phénomène. De plus, ce jour-là, nul observatoire astronomique dans le monde ne constata d’anomalie dans le ciel.

N’était-ce pas plutôt un phénomène atmosphérique inconnu? Mais alors, comment expliquer que trois enfants non scolarisés aient pu prévoir le lieu et le moment exact de ce phénomène? Malgré quelques témoignages rares et isolés de personnes qui affirment n’avoir rien vu, sinon les réactions sincères de la foule, les habitants de la région furent ébranlés par l’extraordinaire accord des témoins.

Reste l’hypothèse d’une hallucination collective. Mais les psychologues ne sont jamais arrivés à prouver qu’une même hallucination puisse toucher ne serait-ce que deux personnes en même temps… alors pour plus de 50 000? De plus, nous avons affaire à une foule très variée en origines, éducations et idéologies. Notons que plusieurs athées s’étaient déplacés dans le but d’affermir leur incroyance et de ridiculiser les catholiques. Ils se firent prendre à leur propre jeu.

Convertissez-vous!

La Première Guerre mondiale prend officiellement fin un an plus tard. Les voyants furent de nouveau soumis à de nombreux interrogatoires. Francisco meurt en 1919 et Jacinta en 1920. Lucie seule survivra jusqu’à sa mort en 2005 à l’âge de 97 ans. Dans son dernier livre, Lucie résume le cœur du message de Notre-Dame en ces mots: «Dans l’intégralité du message, en commençant par les apparitions de l’Ange, nous trouvons un appel à la prière et au sacrifice offert à Dieu par amour et pour la conversion des pécheurs. Pour moi, cet appel est la norme fondamentale de l’ensemble du message, qui commence en nous introduisant dans un objectif de foi, d’espérance et d’amour: “Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère, et je t’aime.” C’est ici que se trouve la base fondamentale de toute notre vie surnaturelle: vivre de foi, vive d’espérance, vivre d’amour.»

Conversion et réparation par la prière et la pénitence. La Vierge n’est ainsi venue que remémorer la toute première prédication de Jésus: «Convertissez-vous et croyez à l’Évangile!» (Mc 1,15). Elle propose aussi son Cœur immaculé comme modèle d’amour dans un monde qui a perdu ses repères. Loin d’être des apparitions défaitistes, Fatima porte un message d’espérance… mais d’espérance proprement chrétienne: l’espérance de la croix! O Crux ave, spes unica. N’oublions pas que Marie a promis aux enfants: «À la fin, mon Cœur immaculé triomphera!»

«À Fatima, écrit Benoît XVI, fut lancé un avertissement sévère, qui va à l’encontre de la superficialité dominante, un rappel au sérieux de la vie, de l’Histoire, aux dangers qui menacent l’Humanité. C’est ce que Jésus lui-même rappelle très souvent, ne craignant pas de dire: “Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous” (Lc 13,3). La conversion, Fatima le rappelle pleinement, est une exigence perpétuelle de la vie chrétienne.» Mais justement, ces dangers annoncés ne sont pas inévitables à la manière d’un destin païen. Par notre collaboration à la croix du Christ, par la prière et la pénitence, nous pouvons réparer le mal passé et transfigurer le futur. L’homme n’est pas condamné aux ténèbres, mais libre et libéré pour la Lumière!

À propos de l'auteur

Simon-Pierre Lessard

Jeune consacré avec les Missionnaires de l'Évangile, Simon-Pierre Lessard est un ami de Dieu et des hommes, un passionné de contemplation et de mission. Féru de philosophie et de théologie, il aime entrer en dialogue avec tous les chercheurs de vérité. Il nous partage fréquemment, sur papier et sur écran, le fruit de sa contemplation.

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