2017-01 Autochtones

Heureux ceux qui pleurent

Photo: Jean Gagnon. Place Émilie-Gamelin, Montréal. Wikimedia - CC.
Photo: Jean Gagnon. Place Émilie-Gamelin, Montréal. Wikimedia - CC.

La petite Émilie voit le jour à Montréal en 1800. L’enfant perd sa mère à l’âge de quatre ans. Puis, dix ans plus tard, son père décède aussi.

À 23 ans, elle épouse Jean-Baptiste. Les deux premiers fils du couple ne vivent qu’une saison avant de mourir. Le troisième enfant nait en octobre 1826. Un an plus tard, l’époux d’Émilie rend son dernier souffle. L’automne suivant, son dernier fils, âgé de 21 mois, décède à son tour.

Job

Si le livre biblique de Job est un récit qui n’a rien d’historique, l’histoire d’Émilie Tavernier-Gamelin, elle, est bel et bien arrivée. Mais elle ne s’arrête pas ici.Mere_Veuve_Gamelin_1890

Complètement atterrée par ces deuils à répétition, elle reçoit de son directeur spirituel une image de Notre Dame des Sept Douleurs au pied de la croix.

Veuve et mère éprouvée, Émilie communie aux souffrances de la Vierge et aux souffrances de son Fils. Elle commence rapidement à accueillir dans sa maison les veuves, les orphelins et les pauvres de Montréal.

Son œuvre, connue aujourd’hui sous le nom des Sœurs de la Providence, croît rapidement et, en quelques années, se répand partout dans le monde.

Bienheureuse

En 2001, le pape saint Jean-Paul II a reconnu la vertu et l’intercession de mère Gamelin. Elle est désormais présentée au peuple des fidèles comme bienheureuse.

À une époque où les marchands de bonheur vendent leur recette miracle et leur combiné fitness-yoga-oméga-3, la béatitude d’Émilie Gamelin est un véritable contrepoids à la culture ambiante.

À une époque où les marchands de bonheur vendent leur recette miracle et leur combiné fitness-yoga-oméga-3, la béatitude d’Émilie Gamelin est un véritable contrepoids à la culture ambiante. La félicité ne consiste pas en une absence de malheurs ni en une négation de ceux-ci en s’enfonçant dans le divertissement.

La vie d’Émilie, l’œuvre immense qui a pu jaillir de ses mains pleines de larmes seraient impossibles sans cette croix – lieu de souffrance incompréhensible –, où son Seigneur l’attendait pour l’épouser.

Heureux ceux qui pleurent…

[Ce texte a paru dans sa version originale dans le numéro d’hiver 2017 de notre revue papier]

À propos de l'auteur

Antoine Malenfant

Marié et père de famille, Antoine est diplômé en études internationales, en langues et en sociologie. À la tête de l’équipe de rédaction du Verbe depuis 2013 et directeur artistique de la publication, il anime chaque semaine, depuis septembre 2016, l’émission radiophonique On n’est pas du monde.

4 Commentaires

  • Étant moi-même veuve, je comprends sa souffrance et je suis d’accord qu’il faut y faire face en donnant tout au pied de la Croix, celle du Rédempteur. Peu importe la douleur incommensurable de la perte et de l’absence de l’être aimé. Devant le regard de Dieu, quand nous crions vers Lui, toutes consolations nous sera donné au centuple! Merci pour ce texte qui nous rappelle à s’efforcer à la Sainteté en marchant sur le chemin de la Charité et de la Croix aidé par la Grâce de Jésus-Christ. C’est une belle découverte que cette femme pleine de bonté.

  • Il y a une curieuse continuité dans le type de plusieurs saintes que le Québec a portées ; peut-être n’est-ce pas spécifique (je ne suis pas si versé en histoire de l’Église ou de la spiritualité, quoique bien davantage que la moyenne de mes voisins), mais cela me frappe depuis longtemps ; et c’est le parcours de femme mariée à veuve, laïque engagée, puis religieuse et fondatrice. En témoignent : Marie de l’Incarnation, Marguerite d’Youville, Rosalie Cadron-Jetté … Émilie Gamelin. Cette dernière, ayant été de la grande bourgeoisie montréalaise, était au courant des luttes politiques de son époque au Bas-Canada, et put apporter ses secours aux prisonniers politiques après la répression des troubles de 1837-1838. La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal la qualifie de « femme patriote » et dans le film de Pierre Falardeau, « 15 février 1839″, elle est un des personnages faisant brièvement une apparition au cours des heures qui précèdent l’exécution de Chevalier de Lorimier. Falardeau, tout mal embouché qu’il pouvait être, n’avait pas du tout une attitude a priori anti-cléricale envers les religieux près du peuple et le bas clergé.

    • Très intéressante similitude des parcours, en effet, entre toutes ces femmes de grande foi. Voilà qui nous donne quelques petites idées pour un éventuel article…
      Merci pour ce commentaire et merci de nous lire!

      Antoine

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